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 (iskandar&sybil) suaire de la nuit.

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MessageSujet: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyMer 5 Juin - 11:36

suaire de la nuit
/!\ +18
iskandar & sybil


« Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir. » Baudelaire.

Oiseau de nuit errant sur les terres décharnées d’un onirisme trompeur. Les griffes enfoncées dans le doute. Ce qui est. Ce qui n’est pas. Indécision s’égrenant entre les doigts.  Elle se dédouble Sybil. Elle se voit en contrebas, recroquevillée sur elle-même, dépouillée des artifices de sa nature. Le bien. Le mal. Le doute encore, toujours. Poison de velours venu enserrer ses moindres atours. Dans les hauteurs artificielles créées par sa propre conscience, Sybil se surplombe et distingue toutes les failles, toutes les brûlures. Elle se moque de cet être atrophié, si replié, presque entièrement nu. Elle aimerait lui faire signe, lui dire de déployer ses ailes de chairs sanguinolentes pour la rejoindre. Tout se mélange. Cela n’a rien à voir. Les cheveux filasses retombent sur ses épaules frêles. Ils sont d’un blond terne, rognés par la détestation, délavés par l’obscurité sans épilogue. L’épiderme est sale, maquillé de la terre qui la recueillera pour la regarder pourrir. Sybil perd de vue le corps agonisant. Les yeux roulent, s’abandonnent. Des cheveux blonds. Un teint de cadavre. Les nuances de bleu et de violet sur la ligne de la nuque. Des cheveux blonds, si blonds. Tout se mélange. Et elle continue son périple Sybil. Elle ne respire plus. Ses ongles crissent sur la soie des draps, s’imaginent froisser un épiderme qui n’existe pas. Les images défilent et se déforment, effet de la célérité d’un envol qui n’en finit pas. Elle rouvre les yeux grands. Les cheveux sont noirs, si noirs. Cela n’a rien à voir. Ailes de corbeau traquant sans relâche les relents des charognes enlacées.  Elle regarde de nouveau en bas. Il n’y a plus rien, plus personne. Son ange déchu avalé par la terre qui l’a pourtant recrachée il y a longtemps des entrailles de sa mère, nue, sanguinolente, s’égosillant dans les cris pour s’affirmer en vie. Où est-elle à présent ? Le nourrisson, l’enfant, la femme, la mère ? Où sont-ils ? Morts, morts. Et l’être qui se recroqueville, tout en bas, ce n’est pas elle. Non. C’est une charogne aux cheveux noirs. Une ombre spectrale, venue du fond des âges. Prisonnière d’un instant qui continue de tourner. La ronde cruelle et insatiable d’un Sisyphe aux Enfers qui n’en finit pas de supporter le poids de la pierre.  
Hit her, my little bird. Hit her.
Oiseau de nuit, fondant sur sa proie. Elle a de grands yeux sombres aux reflets d’ambre. Des iris qui supplient, des mains qui implorent, des lèvres qui s’aperçoivent. Il n’y a pas d’issue pour elle. Elle le sait mais elle espère encore. Elle n’a pas eu le temps de commencer à survivre. L’espoir n’est pas entièrement mort. Son corps est toujours chaud de cette vie qui y palpite. Elle n’est pas comme elle, non. Elle n’a pas les cheveux noirs. L’instinct qui feule son désespoir. Son cœur palpite furieusement dans sa poitrine. Jolie colombe égratignée par la terreur, arrivée là par erreur elle aussi. Par erreur. C’est ce qu’il dit, c’est ce qu’il raconte. C’est ce qu’il lui fait croire. Et la mélodie se poursuit, interminable. Des notes caressantes, presque céleste, sur la langue serpentine.
Hit her, my little bird. Hit her.
Oiseau de nuit, aux ailes noires. Les prunelles agrandies par l’horreur et la détestation. La fracture béante d’une âme en perdition. Les os craquent, les cris s’asphyxient. Elle feule à son tour et rompt le fil qui la reliait encore à une humanité entièrement exsangue. La douleur se perd, si puissante qu’elle en devient confuse. Le sang est chaud sous les doigts. L’espoir s’enfuit de la béatitude de l’œil enfoncé dans la fêlure du crâne. La complainte de Sybil se répercute contre les quatre murs de la chambre. Il lui faut quelques secondes pour se recentrer. Pour sentir les draps humides sous ses mains qui tremblent. Pour prendre conscience de l’espace et du temps qui viennent la ceinturer. Elle regarde les phalanges de sa main gauche, les cicatrices anciennes, devenues blanches. Les nervures sur la peau, entre lesquelles ne s’assèchent plus l’hémoglobine. Elle le sent pourtant. Le sang frais de la colombe sur ses doigts, qui reste-là, qui ne se s’efface pas. Dans la fureur d’un geste elle frotte sa main, la paume, le plat. Faire disparaître ce qui n’existe pas.
Jolie colombe, aux cheveux de lumière. Tu lui ressemblais … Tu lui ressemblais tant.
Le souffle altéré, elle pousse un râle que la pièce recueille. Secret de sa solitude, cloisonnée entre les murs. Elle blêmit, traque sur sa joue blanche la sincérité d’une larme. Mais il n’y a rien. Les paupières sont sèches, les paupières sont brûlantes. Le remord s’étrangle au fond de sa gorge et crève dans les douleurs diffuses qui cisèlent ses membres. Sybil rejette les draps, se hisse sur ses jambes. Dans la salle de bain, la lumière du néon l’aveugle. Elle vacille, cherche dans des gestes imprécis et précipités le secours de son poison, dans l’armoire à pharmacie. L’aplomb est retrouvé dans la perspective de l’accalmie. L’idée seulement, rien que l’idée, empêche ses mains de trembler le temps qu’elle ponctionne une dose. L’aiguille mord la chair tendre de la cuisse. La morphine se diffuse, rompt très vite le cercle de l’onirisme. L’oiseau de nuit s’écrase, s’avachit sur le bord de la baignoire. Équilibre précaire, équilibre de passage.
Elle lui ressemblait, elle lui ressemblait tant.
Colombe de lumière, aux cheveux d’or et d’argent.
Mais désormais elle ne cesse de crever,
Ombre candide aux délicatesses ravagées.


***
Des lignes continues. Des angles difformes. Des dômes qui s’enfoncent sous le vacillement des réverbères. Noctambule parée de noir, elle a fini par rejoindre la désuétude des rues tentaculaires du Queens. Loin, loin du rivage. Des flots qui grondent et des vagues qui bruissent. Territoire affranchi de l’intimité de son quotidien. Elle a marché longtemps, le claquement martial de ses talons ponctuant les sonorités sporadiques émergeant des ruelles adjacentes. De la vie partout, tout le temps, balbutiante. De la vie, quand la mort la guette, la traque, la poursuit. Elle bifurque, suit un sillage déjà connu par cœur. Sa posture est ancrée dans le sol, dénote une détermination proche de la névrose. Quelque chose lui manque. Quelque chose pour oublier. Quelque chose pour faire le vide. Effacer le sang sur les doigts. Les cris dans les tempes douloureuses. Il n’y a qu’un seul rituel qui fonctionne pour cela, dont elle a déjà usé et abusé jusqu’à en élimer les contours. Sybil pousse la porte de la taverne de Solomos. Fief attitré de ses errances et de l’amoralité de sa débauche. La seule issue, le cloaque où l’identité se sclérose. Sa tenue est sobre, presque austère. Un magnétisme ancré sur sa chair parée d’une robe longue refermée en cache-cœur sur sa poitrine. Ne se laissent entrevoir que les chevilles, les poignets, la lisière d’un décolleté où fleurissent les ombres de stigmates anciens. Le vermeil sur les lèvres, toujours. Sanguine, lorsqu’elle apparaît sur le seuil et fouaille l’habitacle pour trouver la cible idéale. Ses yeux parcourent, caressent, dessinent. Les pupilles agrandies sous les effets du poison qui coule encore dans ses veines avides. Elle en repère un, non loin du comptoir, dans l’obscurité presque tapie d’une alcôve. Ça n’est pas son premier verre, ni le dernier. Elle lui donne la quarantaine rutilante, à tout péter. Déjà désabusé. Déjà ivre. Les instincts assoiffés et jamais étanchés. D’une démarche suave, renouant avec des instincts de prédateur calfeutrés sous le balancement de ses hanches, elle fait un détour par le bar, commande un whisky. De ceux qu’elle aime, de ceux qu’elle apprécie. Elle le rejoint ensuite, elle s’invite. Il la regarde, il la détaille, il s’interroge. Il voit déjà l’opportunité se dessiner alors qu’il n’y croyait plus, qu’il pensait devoir rejoindre la fadeur d’un quotidien dont la marque étincèle à son annulaire.
« Je peux vous offrir un verre ? »
Le timbre roule, s’alanguit. Sybil se métamorphose, revêt un masque de séduction qui n’a plus rien à voir avec la froideur de ses airs habituels. Ses regards brûlent, son identité falsifiée par le dessein qu’elle augure. Lui, il les aime entreprenantes. Il les aime indociles et revêches. Dans ses imaginaires, elles sont insoumises. Tout ce que celle qu’il a choisi pour illustrer son quotidien n’est pas. Il la trouve moins belle depuis qu’ils ont eu leur petit dernier. Elle ne s’apprête plus pour lui. Elle n’attend plus son retour. Mais il n’a pas encore franchi le cap de se payer des putes pour compenser la frigidité de son épouse désabusée. Les marques de son éducation le lui interdisent. Et ce soir, il n’y voit pas bien clair. Il est passablement ivre. Tout cela, Sybil le sait, le devine. Cela fait de lui l’homme idéal pour étancher la soif qui l’étrangle. Elle se courbe, s’assied en face de lui. Ils boivent un verre, puis deux. Il lui murmure des banalités sur sa vie. Cela l’ennuie, mais la temporalité se resserre lorsqu’elle glisse la pointe de son pied le long du galbe de sa jambe, qu’elle l’invite à une danse plus trouble. Son souffle s’approche de sa nuque, ses doigts flirtent sur sa cuisse. Elle se redresse un peu, jette un regard par-dessus son épaule avant de se lever. Sybil se statufie une fraction de seconde, parce que plus loin, elle a reconnu une silhouette. Sa silhouette. Cohle.  Mais la conscience de sa présence ne suffit pas à interrompre l’élan. Au contraire, elle le nourrit.
« Suis-moi. »
L’homme acquiesce, consent. Docile, lorsqu’il referme ses doigts autour des siens. Avant se s’éloigner, Sybil jette un regard vers Cohle au loin. Inexpressif. Insensible. Suave toutefois, proche d’une indécence très crue. Un appel, une défiance. Après cela le vide s’étend. Elle tire dans son sillage l’âme qui a décidé de s’égarer par erreur dans l’âpreté de son univers. Ils remontent un couloir sans fin, bifurquent, s’octroie une place dans un angle exiguë, proche de la sortie de secours, où les âmes se perdent parfois pour mieux savoir se trouver. Ils peuvent se faire surprendre, c’est presque un lieu de passage. Presque, parce qu’il n’y a plus grand monde à cette heure. Tant mieux, tant pis. Habitée par la puissance d’un instinct en souffrance, Sybil attire l’homme contre elle. Son dos rencontre le crépit du mur, griffe le tissu de la robe. Ses airs empruntés et ses caresses dociles lui font perdre patience. Il cherche à la découvrir quand elle veut être possédée. Il veut prendre son temps et la voir quand elle souhaite seulement le consommer. Ses baisers l’étouffent, l’acculent. Un râle s’éprend de sa cage thoracique, et une vague remonte le long de son corps. Des frissons ardents, des frissons glacés. Une défiance détestable naît dans ses prunelles alors qu’elle cherche à éveiller ses instincts les plus crus en le provoquant.
« Si c’est tout ce que tu as trésor, je vais trouver quelqu’un d’autre. »
La remarque heurte son égo comme une gifle. Sa mâchoire devient plus incisive, il la repousse contre le mur, griffe l’intérieur de ses cuisses en voulant remonter les plis de sa robe. Un rictus sournois se dessine sur ses lèvres rouge, injurie toute la politesse derrière laquelle il se planque. Il veut l’embrasser, faire taire les remarques qui fleurissent à ses oreilles et viennent nourrir sa rage, mais ce n’est pas un baiser qu’il reçoit, c’est une morsure. Une morsure qui le fait avoir un mouvement de recul, une morsure qui aurait dû le prévenir et l'inciter à partir. Mais il est ivre, elle aussi. Ivre de cette rage, de cette souffrance qui crisse à l’intérieur de son crâne. Ivre de cette agonie insatiable. Ces cris qu’il faut faire taire. Ces images qui doivent s’effacer. Il pousse un râle, presque un grognement d’insatisfaction, revient à la charge avec plus d’acharnement. De ses doigts agiles, elle aménage l’intimité d’une brèche pour qu’ils se rencontrent. Sa ceinture geint, la dentelle noire de ses sous-vêtements subit ses manières plus abruptes. Ses doigts se précipitent pour la dévêtir. Un instinct mâle qui gronde, gangréné par l’alcool et ses incitations provocatrices. Il amorce un geste pour ouvrir les pans de sa robe, empoigner le galbe des seins, sans les subterfuges du tissu pour les dissimuler. Il ne veut plus la voir. Il ne traque plus que son propre plaisir. Le geste ne s’achève pas. Il est arrêté net, parce que Sybil vient de l’empoigner à la gorge. Et elle serre, l’étrangle, enfonce ses ongles dans la chair tendre de son cou. Elle défie toutes les lueurs qui passent dans ses regards, de la plus fiévreuse à la plus assassine. Elle défie tout, pour l'empêcher de la dévêtir. Pour l'empêcher de déparer le monstre. Elle sait que son imaginaire est entrain de s’épanouir à l’intérieur. Qu’il invente en une fraction de secondes toutes les manières de lui faire payer ses offenses. Il se voit la retourner contre le mur pour la déshabiller et la prendre sans distinguer son visage détestable, faire cogner sa tête et ses râles contre le crépit dégueulasse quand elle n’aurait plus que ses yeux pour pleurer, et ses supplications pour l’implorer d’en finir. Il se hait d’avoir cette pensée terrible, lui si bien élevé. Il la hait plus encore, surtout lorsqu’elle ne lui permet pas de joindre le fantasme à la réalité. Ses jambes le ceinturent bien avant qu’il n’ait eu le temps de lutter. Il se débat à peine. Ivre. Aveugle. Elle ne lâche pas sa gorge, pourlèche les plaies de son orgueil blessé. Il la prend dans un mouvement brutal en la précipitant contre le mur, la rage indexée dans le balancement de ses hanches. C’est douloureux, c’est délectable. Sybil resserre sa prise, griffe les sinuosités du bas de son dos. Elle ne le regarde pas, ferme les yeux, bascule la tête en arrière pour la laisser reposer contre le mur. Elle ne veut pas le voir. Les images se disloquent. Les sensations s’épanouissent dans le corps qui tremble d’être ainsi malmené. Il mollit un peu, l'indécence de sa cadence essoufflée, alors elle prend la relève, s’agrippe autour de son cou, effectue un balancement à rebours de ses hanches pour les faire vibrer contre les siennes sans douceur. Le plaisir est sinueux, il prend son temps. Ralenti, presque amorphe, il gratte les contours de sa chair qui étouffe, qui n’en peut plus. Il s'arrache dans des râles animaux, étouffés entre ses lèvres closes, parce qu'elle ne veut rien lui accorder. Rien, à part la brûlure de son corps à l'intérieur du sien.
Elle lui ressemblait … Elle lui ressemblait tant.
Cheveux blonds, cheveux noirs, cheveux d’or et d’argent. Sang sur les doigts, liberté compromise. Rêves d’autres temps. Les pensées se fragmentent et s’essoufflent, meurent au gré des turpitudes d’un désir qui se prend, s’étire, pourfend. Le vide s’ouvre à l’unisson du paroxysme d’un plaisir malade. Ce spasme entier du corps qui accepte la reddition et la savoure, quelques secondes seulement. Il ne la rejoint pas, elle ne lui en laisse pas le temps. Elle a eu ce qu’elle voulait, alors elle le repousse. Une prise habile, une menace qui sourde. Impitoyable sylphide, qui l’oblige à se reculer, à s’extirper de son corps. La lame est sous sa gorge. Sortie de nulle part. Elle le refroidit, l’enflamme. Son pantalon sur les chevilles, pathétique image d’une virilité bafouée. Il la maintient quelques secondes, finit par céder et la laisser s’échapper, son poing serré contre le mur qu'il aimerait pouvoir frapper. Le poids de l'éducation qui gronde. La politesse un poids que l'on traîne.
« Tu n’auras qu’à te terminer tout seul. »
L’ironie cingle, le parachève. Elle rit un peu. Une moquerie qui se grave dans sa tête à lui, quand l’humiliation lui remonte à la gorge et lui donne envie de vomir, alors qu’il est encore encombré de ce désir enflé qu’elle ne lui a pas entièrement permis de soulager. Sybil s’évanouit dans la pénombre. Elle fait un créneau, pousse une porte pas entièrement au hasard. Un détour par les toilettes des femmes pour réajuster sa coiffure, remettre du vermeil sur ses lèvres effacées. Elle observe son reflet dans le miroir. Ses joues sont légèrement rougies par l’effort, sa pâleur atténuée par le naphte qui s’étend à l’intérieur de son ventre. Le vide au-dedans, au dehors.
Elle n’est plus là non … Elle n’est plus là à présent.
Parce qu'elle l'a tuée, Sybil. Elle l'a tuée dans les larmes et le sang.
Liberté achetée par les brisures des phalanges,
La vie oscillant sur les ailes arrachées d'un ange.


(c) DΛNDELION
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyDim 9 Juin - 19:09

SUAIRE DE LA NUIT × ft. SYBIL & ISKANDAR

Tu sais, tu sais, le temps ne pardonne pas. Et ces images honnies qui reviennent nous hanter… Comme des oiseaux de proie qui fondent sur nos carcasses déjà décharnées. Tu es restée là-bas, tu es restée. Sans prendre ton envol, sans chercher la liberté qu’il t’avait arrachée, à chaque virulence de son caractère indomptable. Tu as regardé ma silhouette s’évanouir dans le lointain de l’enfance, j’ai cherché à t’oublier dans le ventre de la terre putride, à poursuivre la mort qui nous avait manqués. Combien de blessures sur la peau blême de notre humanité ? Combien de blessures, Myriam ? Mais je ne te dis rien, je ne te dis pas, les errances et la peur, le deuil devenu un poison, et cette enfance immonde qui revient me hanter, dans les ombres d’une nuit qui ne semble jamais se terminer. Ton timbre est encombré de ce sommeil interrompu. Suspendus à ma voix, tes songes évanouis, et les promesses exsangues. Le timbre est lointain, troublé, il y a les sursauts des remords qui dérangent la peine.
“Pourquoi ne rentres-tu pas ? Juste un peu. Juste une fois. Il va mal tu sais. Il va mal. Et il a changé.”
_ On change pas, Myriam. On change pas. On reste là, à attendre… La décomposition, de tout ce en quoi on a cru. On reste là. Peut-être que je suis resté là, moi aussi.
Moi aussi. Là-bas, avec toi, dans l’union de nos cauchemars et de nos peurs. Les douleurs résiduelles dans les membres. Tu avais peur, tu avais si peur de lui alors. Tu tremblais tant, dans ton âme d’enfant. Moi je ne tremblais pas. Je ne tremble pas aujourd’hui non plus.
“Tu viendras, non ? Tu reviendras…”
Une croyance qui vacille. Comme autrefois, quand les tremblements dévoraient les lueurs qui perçaient la canopée de nos forêts immenses.
_ Je ne sais pas.
Je ne crois pas. Non. Je ne crois pas. Je ne crois pas qu’il y ait un chemin, qui nous emmène en arrière. Une vie à rebours, des cauchemars à refaire. Et d’autres inflexions d’une nature pleine de suspicion. Lui devoir quoique ce soit est inimaginable. Qu’il crève, qu’il crève. Et que l’oubli enfin embrasse nos deux fronts.

Il est tard. Il est si tard. Le téléphone dans la main, la communication interrompue depuis des heures, et l’apathie ignoble qui rampe dans les muscles tendus. Il est tard, il est trop tard. Trop tard pour se dédire, bien trop tard pour avouer. Que j’ai voulu rentrer un jour, que j’ai toutefois refusé de sentir les liens familiaux mordre l’épiderme flatté par toutes mes nouvelles errances. La gorge sèche, qui s’étrangle sur l’amertume des idées, perdues sur le chemin qui serpente au fil des sensations honnies. Je laisse la voix de Myriam s’éteindre, retourner à la terre qui n’aura pas su ouvrir sa mâchoire pour mieux nous avaler. Nous sommes restés estropiés sur le bord du chemin, tentaculaires routes qui se nouent à nos poignets. Au mien pour mieux m’envoyer valser dans un décor qui ne se monte que pour mieux me rejeter. Au sien pour la laisser gardienne de la déchéance de notre ancien geôlier. Je tire sur les chaînes, et les entends chanter, dans la nuit qui projette sur ma gueule tout le dégoût que j’éprouve à l’imaginer encore vivant, comme une fièvre que l’on n'aura pas su éradiquer. Jamais. Jamais. Je laisse retomber le téléphone dans ma poche, comme pour oublier ce moment d’égarement où j’ai souhaité dans toute ma solitude rencontrer la sienne, l’ébaucher pour l’imaginer bien plus monstrueuse qu’elle ne doit l’être en réalité. Mes deux mains passent sur mon visage, gomment les émotions, la fatigue, les soupirs perturbés. Le besoin d’alcool et de came cingle mon estomac, mon coeur bat une chamade irrépressible et je me lève avec l’irrésolu dans la tête, la perdition sur la langue. Je sais que la nuit me mènera dans l’antre que je commence à envahir avec la régularité des désespérés. Les mots éteints sur les lèvres closes, les échos d’autres crimes dont j’ai désormais un héritage funeste. Solomos, 7 lettres d’une condamnation à laquelle j’aspire, un miroir déformant pour mieux savoir affronter l’horreur d’une nature que l’on renferme. Lui, ou moi. Moi, ou lui. Ça n’a pas encore d’importance. Car les pas me ramènent sur le seuil de son établissement, mais que les mots continuent d’interdire ce langage qui porterait la dette en étendard dissident. Peut-être qu’ils ne se trompent guère, dans leurs analyses faciles et leurs certitudes avachies, au bureau, peut-être qu’il est vrai que la perdition est une voie à sens unique dont on ne revient jamais véritablement. Dont, après tout, je ne suis pas certain de vouloir revenir. Car l’échec a cela d’attirant qu’il y a une droiture dans la route qui l'accompagne. Bien loin de ces tortueux sillages qui ceignent les poignets de ces pauvres hères qui ont cru bon de demeurer, de s’échapper, de croire qu’une voie leur serait attitrée. Je pousse la porte, et j’entends tous les maillons de la chaîne chantonner leur ricanement funeste. Le havre d’une paix éventrée, qui exhibe la trivialité de toutes les névroses. Qu’elles s’enfoncent dans les entrailles des putes qui s’offrent ou bien qu’elles s’improvisent noyades dans l’alcool à bas prix. Qu’elles soient faciles, ou bien invincibles. Des parjures aux ailes de nuit pour affronter ces fausses croyances irisées par le jour. J’ai mon coin, presque attitré, je soupçonne le patron de s’amuser d’une présence pas entièrement inopportune. Des regards qui s’échangent, en comptant ces secondes que l’on aura encore à parcourir pour mieux venir déchirer la jugulaire et se nourrir du sang d’un ennemi désigné. Mon costume s’est oublié dans le coin de l’armoire, j'ai choisi des fringues classiques pour ces endroits là, un jean noir, un t-shirt élimé, et une gueule cave que je n’ai pas besoin de falsifier. Je m’appuie sur la table, avec cette fatigue qui me poursuit comme une maîtresse trop exigeante, je joue avec le zippo en argent, me souviens vaguement de la main qui me l’a restitué avec l’indélicatesse d’une fureur qui s’enfonce dans ma tempe. La flamme allume dans mes yeux des humeurs héritées de ces nuits où je n’ai strictement rien à gagner. Et plus rien à perdre. Je n’ai rendez-vous qu’avec une bouteille de bourbon, qui au moins par ici, a l’obligeance de demeurer buvable. Puis je m’abîme dans mes observations, recouvrant l’humanité grouillante de son voile de cendres. Au monochrome d’une haine qui feule, les sourires engageants de ces filles qui ont l’art de la baise pour unique brasier, les rires gras des mecs qui croient pouvoir arracher la jouissance dans l’étreinte bestiale. Les envies qui courent à l’érosion des sens, une oscillation pleine de hargne qui m’ôte absolument toutes ces hauteurs où je me réfugie parfois. Il n’y a pas de détachement dans les regards que je balade sur ces autres auxquels pourtant je ne m’identifie pas. Ce sont de ces moments où je tente de les rejoindre sans savoir y parvenir vraiment. Un rejet supplémentaire qui remonte l’échine et me donne l’envie de chercher des affrontements qui parviendraient à dénouer tous les ressentiments. Elle. Lui. Hadès qui est absent ce soir. La fille qui raconte son existence navrante, un peu trop fort, à cause de la vodka qu’elle s’enfile, et qui calfeutre sa peine sous des rires empruntés. La veuve noire qui tisse sa toile en direction du pauvre con qui ne fait que chercher dans son verre l’érosion d’un malêtre qui ne s’éteint jamais. Jamais, ça ne finira mon gars. Jamais tu ne sauras ravaler la misère qui tournoie dans ton ventre, qui ouvre des hurlements dans ta tête trop vide pour trouver ces refuges que la dignité seule aménage. Je ne la reconnais pas tout de suite, la robe noire me trompe, la démarche chaloupée apprivoise des allures qui ne rencontrent pas l’image d’un dessin oublié. Dans l’écrin d’un carnet. Je le regarde surtout lui, sa réaction pleine de surprise, celle de se savoir approché, convoité. Une élection qui le pousse à prétendre être sûr quand les certitudes se navrent. À chaque souffle, à chaque songe. Abandonné sur la peau de sa femme qu’il a choisi de tromper ce soir. J’ai un sourire plein de morgue, une sorte de condamnation dans la gorge, qui s’éprend de la chaleur de l’alcool et des passions d’un autre que je prend pour vaisseau, dans un voyage que je peux interdire à chaque ondulation de mes pensées. J’imagine. J’imagine que lorsque l’on a pas l’habitude, recevoir les intérêts de ce genre de femme, c’est croire un seul instant avoir fomenté un complot dont on ne serait pas l’unique victime. J’inspire, comme pour présumer de ces mots qu’ils échangent. Les banalités d’un usage érodé. On s’offre un verre, avant de pénétrer la chair inconnue dans un inique assaut. Des préambules et des parades, pour croire encore un peu être autre chose que ces animaux trop fiers pour avouer leurs instincts. Je ne la regarde pas, pas encore. Je l’imagine dans ses yeux à lui, dans ses attentes malsaines qui cherchent à parachever des propos qui demeurent d’une sobriété de lâche. Tu pourrais lui dire… Tu pourrais lui murmurer. Les idées qui gravitent dans ton esprit de mâle. Tu pourrais tout avouer pour jouir d’un préambule que le plaisir utilisera avec l’avidité aveuglante de ce qui ne se dit pas. Qui ne se dit jamais. Si lâche, si peu assuré, dans son désir d’elle quand il appuie pourtant une lubricité qu’il cherche à déguiser d’un intérêt bavard. Des mots, des mots creux, des mots pieux, pour habiller la chair de ces prétextes stériles. Je compte les minutes qui initient la danse, je devine le geste que sa jambe insinue pour rappeler ces pas qu’il dessine à rebours. Il ne sait plus, il ne sait pas. Comment prendre une femme qui n’est pas à soi. Qui ne le sera jamais. Qui parée du masque de l’inconnue de passage, ne sera jamais cette créature apprivoisée qui le caresse très placidement le soir, ou encore cette nature indomptable qu’il saurait faire céder dans un grand cri létal qui la laisserait amorphe, entre ses bras serrés. Il ne sait plus, il ne sait pas. Il ne saura jamais. Et ma tête se penche, dans une observation animale, l’inspiration est ténue, l’analyse est pleine de cette dissection triviale, mes iris se troublent d’une invitation que je pourrais susurrer à sa place. Murmurer à l’encontre de ses armes de femme, pour émousser la pointe qu’il faudrait ensuite lui plonger en plein coeur. La seconde est ignoble, où l’historiette étrange me fait spectateur incongru d’une intimité qui ne devrait être ainsi nullement envahie, dérobée. Un jeu de dupes où les sensations se dénouent pour mieux croiser les yeux de celle qui en devient l’objet. La seconde est brutale quand son image se glisse dans des traits connus, appris par coeur pour avoir été, ainsi allongés sur le papier blafard. La seconde est tragique quand elle me reconnaît, et qu’elle distingue sans doute une stupeur perturbée par un désir malsain qu’elle emporte avec elle. La seconde est bestiale quand enfin je ne détourne pas les yeux et plutôt la poursuit jusque dans ces retranchements qu’elle opère. Ceux que l’on connaît par coeur pour les avoir abusés jusqu’à l’outrage le plus inavouable. Inavouable sur les lèvres, inavoué dans les prunelles noires qui s’habillent d’une avidité qu’elle abandonne à ma très feinte sobriété.

Les yeux rivés. Rivés. Fichés dans son dos, dans le creux de ses reins qui ondulaient de cette danse qui ne m’était pas réservée. L’écho de cet échange étrange, mutique et froid, si froid, si froid, pourtant incapable d’atténuer la brûlure qu’elle a su appuyer. Par erreur, par défi, par rejet. Peut-être les trois ensemble. Je laisse une longue gorgée venir diluer la tourmente dont j’hérite malgré moi. À cause d’elle. Une longue gorgée. Puis une seconde. Qui ne sait pas dissiper l’image ni l’appel, qui s’est superposé à ses jeux dangereux dont le témoin ne peut supporter même les règles. L’indécence sur le front, et la cruauté sur les lèvres. Rouges, si rouges. Le flash déchire ma rétine, m’oblige à baisser les yeux vers un autre décor, d’autres jambes, d’autres maux. Tout plutôt que ces ténèbres que le couloir exsude, comme une palpitation ancestrale. Primale. Dans la chair, dans la chair. Dans sa chair. L’imaginaire s’ouvre sur des flammes immenses. Je ferme les yeux pour la voir, la voir et la peindre dans des postures triviales qui sauraient honorer ses appétits malsains et ses élans qui confinent au massacre. L’alcôve putride où ils ont élu domicile, j’en ressens chaque aspérité, j’en ressens chaque interstice. Cette respiration effrénée qu’elle exhale, elle vient caresser mon épiderme et le rendre malade. La robe noire, comme les entrailles des enfers qu’elle renferme, étalées sur le mur blanc. La morsure pourpre, les ongles qui se plantent sur ses épaules à lui. Le mépris de son altérité pour un désir insatiable, implacable. La déchirure. La déchirure du tissu pour les chairs que l’on navre, planquées en dessous. Le souffle, le râle, d’un plaisir que l’on prend sans jamais l’échanger, le partager. Jalousement gardé entre les dents serrées. La brutalité d’une frustration qui combat les côtes, menace de les faire exploser et ses retenues à lui, ses détours qu’il improvise pour ne pas savoir respirer les parfums entêtant d’une étreinte enragée. Le couloir se resserre, mes yeux se rouvrent pour sonder les ténèbres et superposer les images qui palpitent dans mon souffle et mes pupilles dilatées. Son prénom qui roule sur la langue, comme un secret inavouable. Inavoué. Sybil. Il ne le connaît pas. Il ne connaît rien d’elle, de son identité. Rien. Rien. Que les ténèbres et les artifices que le plaisir utilise pour achever une danse qu’il est incapable d’emporter. Le plaisir qui gémit avant de s’étrangler. Inaccessible, inacceptable. D’une intensité aussi opaque que cette mort qu’il faut avoir embrassée pour en tolérer les outrages. Je suis dans le couloir, dans les ténèbres. Sur les ailes de la nuit, sans m’en apercevoir vraiment. J’entends la mélopée d’une étreinte en souffrance. Je suis perdu, paumé. J’ai oublié m’être seulement levé pour arriver jusqu’ici. Je suis persuadé toutefois, d’être demeuré dans ma retraite couarde... Les yeux rivés. Rivés. Sur les ténèbres brûlantes d’une humanité que l’on serre, que l’on étreint, en crevant de savoir l’étouffer. Les pas silencieux, le filtre de ma clope entre les lèvres. J’ai abandonné mon refuge pour venir laper les humeurs malsaines qui s’éprennent du vide. Le dos contre le mur du couloir, j’entends son plaisir qui crève. Rêves. À bout de souffle, dans l’écho de ce cri que l’on ne peut porter. Le langage oublié, le plaisir immonde qui sert d’interprète pour déchoir dans des relents de mort. De longues secondes où la clope se consume, où je respire l’opprobre sans me sentir rassasié. Il finit par sortir, les ténèbres le recrachent, le vomissent. Les ténèbres le chassent. Il marche de cette manière qu’ont les hommes vaincus par la frustration honteuse qu’ils trimballent jusqu’au domicile conjugal. Il baisera le corps oublié dans son lit, sa femme pour vaisseau de sa hargne, et de la colère qu’il n’aura su passer sur la créature qui l’a fait danser. Seul. Seul. Irrémédiablement seul. Il me fait presque pitié. Il ne pourra laper que sa lèvre fendue tandis qu’il ravagera celle qu’il trompera deux fois, en la considérant comme l’infâme vestige de l’étreinte avortée. Il me croise, ne me voit pas vraiment, précipite un pas pour abandonner le théâtre désabusé d’une existence banale. Je termine ma clope dans le silence sépulcral. Une tombe où le plaisir est mort. J’entends bientôt ses talons. Qui résonnent, qui résonnent. Sous mon crâne. Et dans le couloir. Je balance le mégot et l’écrase avec une brutalité qui cingle dans l’air. Son pas s’interrompt. Je m’annonce sans chercher à dissimuler, ni ma présence, ni le voyeurisme dont je ne me sens même pas coupable.
_ Il est parti, si c’est ce que vous vous demandez. Il est parti, sans avoir su trouver, ce qu’il était venu chercher.
Et vous… Et vous. Et toi, Sybil. As-tu trouvé ce que tu souhaitais, sur les ailes de la nuit ? Les yeux rivés. Rivés. Sur le mur où il tentait de te prendre ? Je ne lui souris pas, mais mon regard la cherche, dans les ténèbres qui nous isolent, nous rapprochent. J’inspire, un souffle lourd, plus lourd que ceux que je porte d’habitude. Je ne suis plus si loin, mes hauteurs sont confuses, elles ne parviennent pas à nier les évidences qui se tracent dans le noir. Et moi… Et moi. Que suis-je venu chercher ? Dans les ténèbres froides qu’elle nourrit et fascine, à chaque ondulation de son corps alangui ? Rêves. Rêves. Crève.
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyJeu 13 Juin - 14:38

suaire de la nuit
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iskandar & sybil


« Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir. » Baudelaire.

Râle sépulcral, sous l’ombrage de l’alcôve. Dolent plaisir où le trouble s’étend, tâche d’encre noire sur le mouchoir de soie blanche. Le désir pourri, gangréné au fond du ventre. Des exhalaisons de bête que la mort allaite à son sein de cadavre. Les images, les visages. Tout se superpose au-devant de ses iris agrandies par la drogue et la cupidité de ses désirs. Implacables. Innommables.  Au creux de ses reins l’humanité se décompose. Elle y appose ses doigts, presse pour molester la chair, faire craquer l’enveloppe. Sous les côtes le myocarde s’emballe, course folle. Course désespérée. Le voir la dégoûte. Son expression placide rongée par la culpabilité et la rage fait monter des nausées au bord de ses lèvres. Elle ne donne rien d’elle, saisit à la gorge tout ce qu’elle pourrait annihiler en lui. Il n’est même pas charmant ou agréable. Il pourrait l’être si elle savait le voir, si elle osait caresser ses contours sans aspirer à les dépecer tour à tour. Son esprit le réduit au néant qu’il mérite, le condamne avec sadisme à cette position d’homme objet détestable. Elle veut qu’il se taise et que s’écrase avec lui ce plaisir qu’il traque à l’orée de son corps, légitimement sans doute, en répugnant ses instincts sauvages au passage. Trop de bruit dans la courbure de sa nuque, sur le sillage froid et rude d’une sensibilité entièrement aphone. Trop de bruits qui blasent ses silences, qui entravent son égoïste parcours. Chaque caresse est un supplice, chaque coup de rein une torture. Elle dénie l’un pour pourchasser l’autre. Les gestes n’ont rien de doux. La brutalité assoit un empire nourrit au sel des larmes d’une luxure dérangeante. Il a mal lui aussi, il a si mal. Elle le sait, elle le sent, dans les gémissements qui lui échappent et avec lesquels elle rêverait de l’étrangler. Mais il n’aura jamais aussi mal qu’elle. Il n’atteindra jamais le seuil de cette souffrance qu’elle renferme. De tout ce qui suppure, à l’instar du fantasme terrible qui fracture son crâne et ne laisse qu’une plaie béante. Elle pourrait se passer de lui et de ses attributs de mâle. Mais ça ne serait pas pareil … Non, cela n’aurait rien à voir. Son imaginaire ne peut supplanter la brûlure d’une peau étrangère, la rondeur des odeurs qui saturent les narines, la saveur d’une étreinte qui affadit les papilles. Il porte un après-rasage de petit comptable en costume discount. Il pue l’alcool et le savon aux odeurs entêtantes auxquels des publicitaires ont réussi à étiqueter l’illusion de la virilité. Il faut se frictionner avec cette mixture là et pas une autre pour avoir l’air d’un homme. C’est ce qu’ils disent. C’est ce qu’ils font croire. Sa femme doit aimer cela. Le côté très propret, rasé au millimètre. Un faciès bon pour les brochures de supérette. Un sourire pour appâter les midinettes et les matrones gavées au télé-achat. Elle se demande quelle expression elle aurait, sa jolie ménagère. Si elle le voyait baiser salement une inconnue sur un mur dégoulinant de dépravations au passé. Serait-elle choquée ? Outrée ? Sous ses paupières closes, à l’unisson des cadavres, se mêle la curiosité. Un bref éclair, avant qu’elle ne morde cette image qu’il lui renvoie. Une marque de son passage, en héritage. La superficialité d’une tuméfaction qui la rappellera à son souvenir et le forcera à mentir lorsqu’il voudra retourner s’épandre entre les cuisses de sa dulcinée. Il la prendra dans toute la moralité qui le compose, coquet jusque dans les gémissements qu’il recueillera sur sa bouche rose. Il ne la baisera pas. Il lui fera l’amour. C’est ce que les politesses élégantes du mariage imposent. Il lui mentira jusqu’à l’orée de son plaisir. Et elle saura, oui, elle saura. Les femmes devinent toujours ces choses-là. Elle distinguera ses mensonges en refusant de l’y confronter, elle sentira sur son corps un parfum qui n’est pas le sien. L’amertume naîtra à ce moment-là, enfantée par le silence et la mauvaise foi.

Sybil rouvre les paupières, les referme, chasse les pensées qui l’assaillent et ceignent sa taille. Un râle meurt sur la commissure de sa bouche. Elle mord l’ourlet de sa lèvre, dérange le vermeil avec ses incisives. La lame acide d’un désir moqueur plonge au fond de son ventre, remue les entrailles grouillantes. L’adrénaline fait une ascension fulgurante, percute l’intérieur de son bas ventre et de ses côtes. Son souffle s’altère. Les images disparues, c’est la tonalité d’un timbre qui vient la cueillir juste avant le dernier spasme. Timbre de velours. Timbre tranquille. Deux voix fusionnent, l’une dans l’autre, pour ne former plus qu’une. C’est son prénom qu’ils murmurent, tour à tour. Lui d’abord. Lui toujours. Lui et ses yeux où se mêlent l’eau avec le fer. Ses mélodies rassurantes, ses paroles suaves. Son prénom encore, tant de fois prononcé, tant de fois décharné. Décomposé sur sa bouche charnue et facétieuse. Altérité sans visage qu’elle fantasma avec honte pour oublier un instant les supplices terribles qu’il savait lui imposer. Artiste sculpteur, devant un tas de chair vierge. Elle mord ses lèvres un peu plus. La douleur côtoie le plaisir, l’enserre, le libère. La voix change, se modèle un peu. Ça n’est plus la même. Ça n’est plus la leur. Il n’y a plus que lui … que lui. Anonyme de passage, épine apathique enfoncée sous les ongles. Et elle saigne Sybil, elle saigne encore. Elle distingue la ligne de ses phalanges, elle se déchire sur l’arabesque qu’il trace sur la feuille vierge elle aussi, si vierge. Une toile blanche, que l’on pourrait effacer puis noircir encore. Gommer les impuretés pour oublier seulement qu’elles furent, mais en distinguer malgré tout les traces en filigrane. Sybil. Son prénom sur sa langue, planqué dans ce vide affiché avec trop de flagrance pour qu’il soit littéral. Le vide n’existe pas. Le vide n’est qu’une excuse, un prétexte. Un tiroir dans lequel on range, couard, pleutre, pétochard, tout ce qui pourrait dénouer les sens que l’on s’impose. Ne reste que son prénom alors, qui meurt sous les tressaillements repus de son corps. Elle rejette l’autre sans préambules, goûte à l’amertume d’une satiété qui ne durera pas. Cela ne dure jamais. C’est comme la drogue, il en faut toujours plus, la dose étirée jusqu’à l’infini inavouable. Dépasser les strates jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus aucune.

Sa silhouette chavire un peu. Les talons frappent le sol à intervalles irréguliers. Elle s’alanguit le long du couloir, éprouve sa présence indiscrète jusque dans les fibres assagies de son corps. Présence spectrale, dans l’obscurité tapie de la nuit. Curiosité sulfureuse, qui vous pousse sur le sein d’une luxure refoulée, dénigrée, étranglée. Le miroir des toilettes lui renvoie la méconnaissance d’une image. Elle se voit déformée, par le prisme d’une détestation qu’elle répand autant sur elle-même que sur les autres. Sa gorge est sèche, sa peau transpire. Elle a le parfum de l’autre tatoué sur l’épiderme, qui supplante légèrement celui qu’elle porte d’habitude. Cela l’oppresse, cela la démange. Dans des gestes mesurés, méticuleux, elle ouvre le robinet d’eau froide et humidifie les bouts de ses doigts. Elle caresse l’arrière de sa nuque, rafraîchit la lisière de son décolleté. Le fait qu’il s’annonce, qu’il s’impose, n’interrompt en rien son ouvrage. Tout au contraire, imperturbable, elle poursuit son office. Une goutte d’eau glacée roule le long de son cou, sillonne le long de la jugulaire, retombe entre les pans de sa robe entrouverte. Elle la réajuste, noue le ruban relâché autour de sa poitrine. Elle sait pertinemment qu’il l’a poursuivie, ne serait-ce qu’en pensées, jusqu’ici. La rencontre n’est que le point culminant de quelque chose qui a déjà eu lieu. Elle attend un peu, glisse dans le silence pour feindre d’ignorer ce qui peut se tramer en lui. Mais elle sait Sybil, elle sait. Vipérine créature, louant son audace, riant toutefois de cette lâcheté qui le poussa à demeurer à la marge, dans le couloir. Voir par le prisme de l’imaginaire, et non par celui du regard. Un léger rictus s’éprend de ses lèvres démaquillées.
« Je ne me le demandais pas. »
Elle se fout de l’autre, et des excuses qu’il pourra bien trouver. Elle se fout de lui, presque qu’autant que de sa réalité. Il rejoint au fond de son crâne la multitude d’ombres vagabondes dont elle a goûté les corps. Sans identité. Sans visage. Désunion cruelle pour des actes dénués de sens. Par le prisme du miroir, son regard caresse la silhouette de Cohle, recueille les troubles au fond de ses iris. Elle sait le terrain sur lequel elle s’avance, joueuse, aventureuse, mais en même temps elle n’en prévoit pas entièrement les conséquences. Demeurer à la marge est impossible toutefois. Elle se croit inatteignable. Elle se croit invincible. Elle se trompe sans doute Sybil, mais dans son esprit malade il y a toujours cette ritournelle étrange qui dit que cela ne peut pas être pire. Elle marque un temps d’arrêt durant lequel les gestes se décomposent. Elle saisit le rouge à lèvre, ponctionne du produit sur le bout de son auriculaire, applique avec parcimonie sur l’ourlet de la bouche. La courbe de ses reins s’accentue, la silhouette ploie, se courbe. Ostentatoire. Sulfureuse. Elle se redresse avec une lenteur étudiée, délaisse le prisme pour l’observer de côté. Contact éphémère, contact diaphane. Son souffle est plus lourd lorsqu’il s’octroie le droit de s’approcher de la ligne de sa mâchoire. Elle murmure à son oreille l’indélicatesse suave d’un secret :
« Ça aurait pu être vous … »
Elle amarre, navigue sur cet imaginaire qu’il a nourri avec suffisamment de ferveur pour qu’elle l’éprouve à son tour. Elle ne le touche pas, son souffle l’appelle toutefois. Tentateur. Un brin moqueur. Ça aurait pu être lui … Lui à sa place, lui et son timbre de velours. Aurait-il été poli lui aussi ? Policé et vide, jusque dans l’agonie des râles silencés par l’apathie. Aurait-il senti quelque chose, si elle avait marqué ses épaules ? Tous différents … Tous semblables. Lui ou un autre, quelle importance, quelle différence ? Il n’y en a pas, quand tout a un goût de sang et de cendres. Ça aurait pu être lui, sous les ombres de l’alcôve. Mais ça ne l’était pas.
« Ça aurait pu être toi … Sauf que tu n’étais pas là. Tu ne sais pas ce que tu cherches … alors tu ne trouves pas.  Tu te contentes de regarder … De regarder sans bouger. Mais l’imaginaire finit par s’ennuyer tu sais … »
Sur le fil, en équilibre. Sybil aménage une intimité qui vacille. Elle se glisse dans une brèche en le tutoyant, l’éventre en basculant de nouveau dans un vouvoiement de distance. Sa posture change, se recule un peu, froisse la brûlure entre leurs silhouettes en quinconce. Elle ajoute, dans une froideur clinique :
« Vous, lui ou un autre, il n’y a pas de différence. C’est la même chose au fond. Je le voulais, je l’ai pris. Un caprice sans doute. Et vous, Cohle, quel caprice vous a conduit jusqu'à moi ? »

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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyVen 14 Juin - 17:55

SUAIRE DE LA NUIT × ft. SYBIL & ISKANDAR

Dis-moi à quoi tu songes, dans le ventre de la nuit ? Dis-moi à quoi tu songes ? Quand la courbure se fait féline, et que les iris ourdissent tous les complots ? Dis-moi à quoi tu songes, inébranlable entité, qui se dissout lentement, dans le ventre de la nuit… Tu te crois si malin, à abuser de ces airs que tu glisses sur un masque étudié, pour mieux contredire, pour mieux abstraire ce qui serait visible dans tes prunelles sombres. Dis-moi dans quoi tu sombres, petit homme, au gré des songes tissés par la nuit ? Dis-moi à quoi tu songes, tandis qu’elle exhale une tourmente dont tu n’es pas l’objet. Tu voudrais l’être peut-être, mais tes pas interdisent ces courses qui t’emmèneraient jusqu’en Enfer. Avec elle. Alors tu t’arrêtes et tu songes, à sa peau, à son timbre. Déchirés. Déchirés. Par des doigts qui ne sont pas les tiens. Est-ce qu’elle aurait une mélodie différente, si tu l’assaillais à ton tour, contre un mur dégueulasse ? Est-ce qu’elle brutaliserait ton corps, pour entrer dans ta tête ? Une dévastation aux accents sauvages. Est-ce à cela que tu aspires, dans le silence que tu maintiens ? Est-ce que les pas s’arrêtent au seuil de la chute, pour mieux s’en prémunir ? C’est un peu tard, non ? C’est un peu tard… Car elle te l’a dit alors. On ne demeure jamais à la marge, petit homme. On fait juste semblant. Comme ton père qui fit semblant de vivre. Tu lui ressembles à présent. Tu lui ressembles, et tu ne le tolères pas. Alors tu arrêtes ton pas. Pour compter à rebours. Les battements du combat. Et d’un désir qui sombre. Dans le ventre. Dans le ventre.

Dans le silence qui s’ensuit, j’ai son goût sur la langue. Une recomposition fantasque de ses parfums, et puis aussi de ses allures glacées, martiales un jour, tentatrices un soir. Les feux brûlants sourdent sous les épaisseurs de glace. Un écho, un éclat, qui perce les défenses, pour les laisser inertes, trop lourdes, sur mes muscles tendus, qui m’apparaissent fourbus. Ce soir, cette nuit, j’ai couru après elle dans l’indiscrétion de mes imaginaires. Je l’ai tracée vengeresse, je l’ai prise sans aucun consentement. Je l’ai gardée un peu, contre l’épiderme trop blanc. Une courbe sur l’épaisseur du papier. Journal oublié. Journal refermé. La plaie demeure ouverte pourtant, et les images s’y glissent. Un héritage à putréfier, dans les secrets de la chair frustrée. Au rythme de ses pas, qui l’emmènent dans cet ailleurs confus où je me plais à la distinguer. Je sais, je sens qu’elle m’a vu. Je m'autorise à sourder dans mes pensées absconses un hurlement de dépit, de déni, à l’imaginer m’avoir convoqué jusqu’ici. Il s’étouffe et se brise, un équilibre fragile que l’on balance au front d’un orgueil trop dur. La curiosité creuse les traits, les envies qui n’ont pu se déverser sclérosent ma nuque. Reflets croisés, à la pâleur des néons. Les regards qui s’emmêlent quand le corps se statufie. Je suis juste derrière elle, malgré tout. Les songes la poursuivent, se penchent sur son épaule, dévalent son échine, comme l’eau qu’elle abuse entre ses doigts experts. Le tissu se froisse, masque la peau, l’épiderme trompeur d’une créature qui ploie. Sous la clameur du vide, qui résonne dans sa chair. Je ne peux qu’imaginer les stigmates d’une étreinte quand la plupart du temps, ma haine et mon désespoir m’interdisent même ces trivialités-là. Je la décompose dans un mutisme presque alarmant, recompose une image qui s’éprendra de ma piètre carcasse. Abandonnée ainsi, tout contre un décor brûlant. Les couleurs virent au mauve, comme ces ecchymoses, qui fleurissent sur la peau maltraitée. Elle demeure, silhouette éclatante, rouge carmin sur les lèvres, trivialité du sang qui glisse sur la peau. A la place de l’eau… Féminité que l’on décharne et que l’on jette, à la fureur d’autres charniers. Qui rampe, qui rampe, dans l’atmosphère mauve. Sybil. Son prénom sur les murs, gravé, scarifié. Et quelque part, allié au frisson qui remonte ma colonne vertébrale, avec la persistance de mes ressentiments pleins de dégoût pour elle. Le désir baise la détestation, dans le décor mauve, où le sang se déverse sur son corps trop pâle. Je l’entends à peine. Au creux de ma vision, dansent des dissonances. Qui crissent contre les os et les nerfs. Ma vision s’est figée dans l’ombre portée par sa silhouette qui avance. Le mauve disparaît. Les couleurs d’une réalité trompeuses assaillent tous mes sens. Je respire sa proximité avec des accents bien plus froids que ne sont mes détachements habituels. Elle est trop proche, elle ne l’est pas assez. Contradiction plein de déchaînement. Le trouble s’épanouit dans ma chair pleine d’alcool, les relents du bourbon enchaînent les convoitises et les font s’insinuer dans les veines. Ouvertes. Sur le carrelage nu. Mes paupières esquissent un battement, un trouble palpable pour enfouir ces hallucinations qui me trouvent toujours dans les moments les pires. La phrase explose, brûle la peau où son souffle chante. Je me tends plus encore, les lignes contre les courbes, un dessin des plus noirs. Celui que l’on trace à l’humeur sanguine, à grands traits meurtriers. Mes pupilles suivent la marque carmin de ses lèvres trop proches, je ne bouge pas, n’esquisse pas un geste, quand dans ma tête, j’en trace des milliers. Dans la plupart, je la navre, je la broie, dans d’autres… il y a la fureur d’une envie plus bestiale. Ça aurait pu être moi. Ça aurait être moi. Écho fatidique pour aigreur prononcée. J’exprime un souffle presque offusqué, empli d’un dédain composé. Les yeux confrontent une vérité inavouable, sur les lignes de son visage monstrueux. Avide sylphide, sulfureuse animale, qui ne peut se retenir, de tenter tous les diables. Son prénom, sur ma langue, et son timbre qui meurt. Satiété méthodique. Sur les murs ecchymoses, une étreinte mélodique.
_ Non.
Un seul mot, un éclat sur le dos d’un murmure. Suavité cruelle, déni du désir. Déni d’elle, ou des conditionnels. Ça n’aurait pas pu être moi. Pas comme ça, pas à la place de l’autre. Pas dans cette étreinte-là. Si ça avait été moi, tu aurais chanté une toute autre aria pour ta peine. Tu aurais suivi la ligne des évasions diffuses, que l’on rencontre à l’ombre des hérésies trompeuses. Non. Non. Ça n’aurait pas pu être moi. Le tutoiement s’interdit aussitôt. Je ne lui réponds pas sur un ton de connivence :
_ C’est ce que vous vous racontez sûrement. Pour mieux savoir survivre. Pour mieux pouvoir ramper. Hors des imaginaires… Est-ce que vous avez fermé les yeux, quand il vous baisait, pour vous trouver ailleurs ? Ramper un peu plus loin ?
Cruauté qui se moque, plaisir qui se distille dans la naphte d’une nuit où nous sommes solitaires. Côte à côte, jamais ensemble pourtant. Deux entités, qui ne se rejoignent pas. L’intimité qui crame toutes les défenses, les gestes qui s’interdisent et le souffle qui s’étrangle. C’est quand elle se rencogne dans ses mots à la trivialité trop sourde que je reprends une posture plus assurée. Elle s’éloigne, je me penche un peu, pour poursuivre son mouvement. La tête contre le mur, l’inspiration déliée, puissante, comme pour la respirer.
_ Je ne suis pas là pour vous absoudre. Vous pouvez baiser tout ce qui vous chante.
Moi. Lui. Un autre. Le vide ne se comble que l’espace de quelques minutes. Il est là avant. Après. Et il est là pendant, hein ? Un sourire acide, en coin, le trouble s’affadit dans la gueule du néant. Je ne peux pas la contredire, je ne veux pas la contredire. Ni plus imaginer, ce que ce serait de la ravager, au rythme froid de ces minutes-là. Je finis par hausser les épaules, me détache du mur avec une lenteur encore un peu accablée. Je réponds à côté, les visions se versent dans les mots, quelques secondes étranges :
_ Il n’y a que le silence. Il n’y a toujours que le silence.
Je voulais tant t'entendre. Je voulais ressentir. Te ressentir encore. Te frôler, te convoiter, te dérober à lui. Oui je voulais tout cela. Mais je n’ai rien senti, voilà ce que je me raconte. Que l’étreinte du vide. Du néant que tu traînes et que tu apprivoises.  Tu es vide. Vide toi aussi. Tes imaginaires sont exsangues. Ma colère est trompeuse. Elle l'a renvoie dans un rôle inutile, la repousse dans les replis bleuis de ma morgue coutumière.
_ Si ça avait été moi, le silence… Ce foutu silence à l'intérieur de nous, il prendrait toute la place. Ça ne serait pas pareil. Ce serait pire.
Et à s'écoeurer dans une danse absconse, le silence hurlerait, sa complainte malfaisante.
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyLun 17 Juin - 16:17

suaire de la nuit
iskandar & sybil


« Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir. » Baudelaire.

Rouge est la marque des fers qui sur les poignets ceignent
Rouge est le fiel suppurant ses secrets sur la lèvre qui saigne.

Le désir stellaire, sclérosé dans la chair. Putride félicité, arrimée à la courbure des reins qui ploient, ploient encore. Arc-de-cercle infini pour tracer le trouble. Sur l’air qui s’échauffe, qui s’épaissit, qui s’incline. Sur le papier vierge aussi. Celui des imaginaires qu’il parcoure, sans en avoir l’air. Ces dessins qu’il façonne du bout des doigts en pensant pouvoir demeurer le voyeur impuni. Celui qui regarde, contemple, aspire, les yeux rivés sur l’embrasure. Cette intimité qui s’ouvre et que l’on dérobe, sans se soucier de ce qu’elle détient d’opprobre. Plaisir coupable. Plaisir animal. Solitaire toutefois, si solitaire. Parce que l’étreinte appartient aux autres. On ne se l’autorise pas, au risque de s’y brûler les doigts. Les engrenages de sa retraite placide se mettent en place. Des pions usés sur un jeu d’échecs. Un mécanisme rouillé qui crisse des insanités chaque fois qu’il faut réussir à le faire fonctionner. Son regard le traque par le prisme du miroir. Elle joue de cette féminité enveloppante qu’elle sait pouvoir posséder encore. C’est un linceul fragile, une parure de charme et d’élégance dont on se saisit du bout des doigts et que l’on manipule avec prudence. Manipuler. Devenir cette entité que le fantasme suggère sans être capable de la modeler tout à fait. Succube décharnée par les vices terribles dont elle s’est constituée. Les assurances de ses postures s’ancrent dans le sol, abîment les contours salis des autres murs qui les détiennent encore. L’attention se resserre, se love sous la gorge, sous les côtes. Elle enlace son ossature, glisse sa disharmonie jusqu’à l’enfermer en elle. Etranger sur les territoires asservis. Âme égarée dont les pieds s’éraflent sur les cendres des plaisirs déjà consumés, infestés, détruits. La satiété n’est pas totale toutefois. A le voir ainsi, hermétique empereur sous les insolences de sa nature, elle rêve d’autres plaisirs. De son orgueil à lui, broyé sous ses doigts cruels. De son timbre de velours, abandonné à la courbure de sa nuque. Il faudrait plonger la lame au plus profond, fouailler les entrailles. Enveloppe de fer, sur un cœur de pierre. Elle l’entend qui crisse, elle l’entend qui chante. Sa pulsation l’obsède, mélodie entêtante.

Sybil suit la courbure des cils qui s’abattent. Lourds, si lourds. Elle énumère les signes, tire sur les fils de sa contradiction pour mieux les emmêler davantage. Elle ne s’offusque pas de toutes ces barrières qu’il met en place pour la repousser. Le rejet épidermique, niché dans la chair qui l’appelle malgré tout. C’est un honneur qu’il lui fait, tous ces irrésolus, ces nerfs qui résistent. Tout ce poids qu’il faut supporter, pour demeurer intact, et n’être pas autre chose. Caricature d’un homme qui croit ne plus en être un. Cela serait tellement plus simple n’est-ce pas ? La répartie cingle. Elle sent sa morsure froide sur sa peau où la moiteur d’un désir ancien se mélange à celle d’un plaisir plus confus. Il patauge Iskandar. Il barbotte, s’étouffe, se noie dans ses propres mensonges. Mirage lustral comme de l’eau, opaque comme la perle de sang qui sillonne sur la peau. La négation pique, la fait se tendre avec une délectation qu’elle ne maquille même pas. La ligne de ses lèvres s’incurve, s’octroie le plaisir d’un rictus malingre, un brin joueur, un brin moqueur. Sibyllin sourire, qui n’est pas dupe. Elle attend qu’il ait abattu toutes ses cartes pour asseoir sa propre riposte. Elle les préfère lentes et usées. Suaves et douloureuse, comme les étreintes brisées. A rebours elle se rapproche de sa silhouette, la détoure, la contourne. Il n’y a qu’à tendre le bras pour saisir l’opportunité de fuite, le replier pour le toucher à son tour. Mais elle s’interdit ce contact. Elle refuse de s’y laisser prendre, de lui donner cette occasion de croire qu’il pourrait toucher de près ou de loin la vérité. Ça aurait dû être lui, et ça n’aurait rien eu à voir. Elle ne le dira pas. Elle ne l’avouera pas non plus. Ce sont là des évidences trop crues, trop nues, pour être simplement murmurées. La cruauté de ses phrases, sans détours, sans fards, enivre le sadisme de ses instincts. Elle se voit l’abattre, faire s’ourdir les épithètes au fond de sa conscience. Son ombre se morcèle, vient se modeler dans son dos. Elle ne le touche pas, elle le touche à peine. La brûlure de son ventre sous la soie noire de la robe s’écoule le long de sa colonne vertébrale, son visage apparaît au-dessus de son épaule. Présence spectrale, présence diaphane, grisée par les effluves d’un parfum qu’elle devine et recueille dans sa mémoire, dans les secrets de sa nuque. Elle le regarde à travers le miroir, devant leurs silhouettes en quinconce, reliées sans vraiment l’être. Hydre vorace dont la médisance n’a pas su trancher les deux têtes.  La répartie s’épanouit alors, méthodique, intrusive, sur un timbre de velours :
« Je devrais vous remercier vous pensez ? Cette autorisation, que vous m’accordez, du haut de votre inatteignable sphère. Une marque de la clémence d’Iskandar, pour ceux qui mangent la poussière.  Je ne veux pas de votre absolution … Ce faux pouvoir que vous pensez avoir pour vous mettre hors d’atteinte de ceux qui pourraient vous toucher, alors que vous ne l’êtes pas. Juste une image … Un mirage. C’est la condamnation que je baise Iskandar. C’est elle que j’embrasse, c’est elle que je mords. Elle pourrait avoir vos traits ou celui d’un autre. Elle pourrait être unique ou bien plusieurs, cela ne ferait aucune différence. »
Ses doigts s’aventurent, détourent la finesse de sa taille, devinent les lignes d’un corps modelé par la souffrance. Le contact appuyé se refuse. Ses phalanges sont une ombre qui s’épanche et le retient sans jamais le détenir. Il pourrait partir s’il voulait. Il suffirait d’un geste, d’une esquisse, pour abandonner la prison de chair. Son regard délaisse le prisme du miroir et se penche vers la ligne de sa mâchoire.
« Et le silence … Ce silence que vous pensez pouvoir emprunter pour vous dissimuler derrière. Ce silence n’est rien d’autre qu’une excuse, un voile que l’on met sur les cris pour les atténuer et croire pouvoir oublier de les entendre. Mais ils sont toujours là. Le vide … Le vide n’existe pas, jamais. Il est empli de ces condamnations que l’on s’impose, et qui nous maintiennent en vie, quoiqu’il en coûte. Alors ne me parlez pas de survie. Ne me parlez pas de ces échappatoires imaginaires. Vous ne savez pas ce qu’il en coûte. Vous ne savez pas jusqu’où il faut ramper pour réussir à en revenir. »
Elle pourrait serrer la peau sous les doigts, mais elle ne le fait pas. Elle pourrait continuer son argumentaire, ces phrases qui se délient, la confidence qui se perd, mais elle ne le fait pas. Le bout de son nez effleure la lisière de son tee-shirt, y laisse en héritage une trace vermeille, à escient, ou peut-être par erreur. Elle ajoute avant de le libérer, comme une vague qui se retirer en roulant sur le rivage ensablé :
« Le silence est le privilège des morts, Iskandar. Et que vous le vouliez ou non, vous ne l’êtes pas … Non, pas encore. »
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyMar 18 Juin - 17:24

SUAIRE DE LA NUIT × ft. SYBIL & ISKANDAR

Infini désespoir dont je m’écoeure, les plaisirs évanouis en éternel linceul. Les dessins se distancent, ils sont indéchiffrables, son profil dans la nuit d’une rencontre devient une page noire qui déborde de ses humeurs abrasives. Elles se versent dans la solitude, lui tiennent compagnie une seconde durant, avant de s’enfoncer pour péricliter en son sein. L’écho du seul silence pour enfermer l’éclat, son murmure satisfait repose sous la pierre tombale. Tout comme son prénom, j’apprendrai à en oublier la saveur, je la remplacerai par cette placidité dont je m’inonde, pour demeurer debout quand j’aimerais plier. L’écroulement suave d’une chair désespérée, et d’un esprit amorphe. Une déflagration qui poursuit son offense, trace le sillage des désillusions hérétiques. Tout cela est sourd, tout cela est froid, dans l’ombre de l’alcôve la confidence se tait, de peur de se distiller jusqu’à elle. Dessiner un alliage où le fer demeure nu pour mieux trancher les chairs. Parce qu’elle est femme ce soir et que je pourrais me rappeler par erreur avoir été un homme. Parce que ses blessures chantent une toute autre tessiture, une toute autre virulence. La destruction aux mille visages, qui s’échangent et se rient de leurs si piètres proies. Le reflet me renvoie son harmonieux mensonge, il glisse sur mon masque, l’abîme un seul instant. Une fêlure au gré d’une fantaisie absconse, qui la rejoint dans ces contours interdits. Je suis trop proche d’elle, les pensées se frôlent avant de se confronter. S’étreindre ou s’étriper, l’idée conçoit un très suave synonyme aux atours imparfaits. Elle respire les parfums du vice et de l’éternité. J’en hérite malgré moi, je les bois, je les prends, je les conserve et les rejette pourtant, la contradiction m’interdit le repos. Pas un geste et pas un pas, porter le jeu jusqu’à la disparition est impossible, je continue de la graver pour mieux la cerner ce soir. Et lorsque cela sera fait, je pourrai alors la recouvrir du voile implacable de mon indifférence. Comme d’autres avant elle, comme d’autres après, quand la drogue exigeait un isolement farouche, et que les étreintes anonymes assouvissaient l’envie pour mieux la dénigrer. L’envie est encore là, absconse car irrésolue, je ne sais la masquer. Et je sais qu’elle la lit en posant sur moi les accents d’une convoitise que je lui rends à mon tour, dans un ensemble disgracieux. Les mots inclinent un rejet déloyal, sans doute un jugement à rebours de la faute. Non pas de celle commise sur le corps d’un autre, mais toutes celles qui furent insérées dans ces imaginaires que je ne lui avoue pas. La marge se rétrécit, le mur dans mon dos, il n’y a aucune échappatoire. Alors la rixe est incisive, et la distance que j’aimerais la voir prendre s’amenuise à chaque mot. Pourquoi ne pars-tu pas, pour me laisser en paix ? Parce que je t’ai rejointe, et que l’instinct frivole m’a fait te rencontrer dans le corridore sombre de tes désirs aphones. Ceux que tu n’as pas pu étancher. Car dans toute ma défense, c’est sans doute ce dont je me prémunis avant tout, de ces stigmates plein d’abandon sur son visage, sur son corps, ce souffle arrondi qui quitte ses lèvres sanguines, cette humeur envoûtante que son épiderme chante. Je le lis, je le ressens, l’appel en est ignoble. Tentateur. Invincible. Et plus je la repousse, plus elle avance vers moi, menace d’un contact dont je crève en silence. Je l’abhorre. Je l’attends. Je ne bouge plus, statufié et mutique, après mon chant malade. Des mots sentencieux pour clore un débat que je ne compte pas gagner. C’est impossible, elle est trop proche, elle est partout. Son odeur m’entête et me pousse à me figer au comble de la douleur. Le velours de son timbre à l’aube des confidences et des confessions. Les mots crus qui pavent ses discours sont autant de frissons que je rencogne dans mes chairs. Trivialité humaine qui pousse le désespoir à l’orée de la folie. Mes yeux ne la cherchent pas, interdisent le reflet, les paupières retombent une seconde trop longue. Je siffle entre mes dents serrées :
_ Vous devriez vous taire.
Aucune menace, le ton est doux, comme lorsqu’il glissait sur les syllabes de son prénom. Le contact s’apprivoise, les paupières fermées pour mieux la ressentir. Elle s’est immiscée jusqu’à moi, alors de ces contours j’improvise mes empires, je les laisse un temps plonger dans l’au-delà des désespoirs immenses. Des territoires vierges, où personne ne s’aventure. Elle y marche avec moi, le temps de l’entre-deux, où le voile s’est posé, pour nous détenir entiers. Dans l’alcôve les secrets détourent d’autres armes. Je cesse la lutte car elle est illusoire. La phrase s’estompe, elle appelle sa clémence le long de ces sursauts qui convoquent le naufrage. Mes mains viennent se poser, les doigts qui glissent sur les siens, la maintiennent sans contrainte, l’invitent sans véritablement la tolérer. Entre-deux qui élève un souffle, sans passion, le calme que l’on convoque dans la naphte de la nuit. Suspendu dans l’éternité du désespoir ami.
_ Je ne le sais pas, c’est vrai.
La caresse en hommage, à peine esquissée, comme pour apprivoiser un fauve qui menace sans mordre. Car si elle cherchait réellement cette destruction dont elle se targue tant, alors elle pourrait balayer les remparts, et briser les retenues. Elle pourrait abattre sa colère sur les récifs étranges, y apposer sa brûlure, la teinte dominante d’une luxure farouche que l’on utilise à escient. Mais tu ne le fais pas. Tu ne le fais pas, car tu sais ce qui demeure, à la marge des songes. Tu sais que dans tes certitudes, se lovent des mensonges, et que l’indifférence ne nous concerne pas. Pas véritablement. Car dans tout ce silence, les cris que l’on élève, se répondent, s’appellent. Et que les conjuguer, c’est risquer une chute que tu n’es pas certaine de vouloir t’imposer. Tu en es incapable. Incapable, tout comme moi. La caresse se prolonge, je presse ses doigts un court instant, avant de rouvrir les yeux, d’abandonner la danse, mes prunelles distillent par le biais du miroir ce désespoir immense, que je laisse apparaître l’espace d’un battement :
_ Nous sommes incapables, l’un et l’autre, de risquer cette survie qui nous est propre. Car ça ne tient qu’à un fil, un seul fil. Et on ne sait que trop bien, Sybil, ce qui restera quand il faudra le rompre.
Je la regarde encore, la prière est mutique, le tutoiement délicat. Je retiens son parfum, sa chaleur, et la laisse s’enfuir. Nous retrouvons, et les contours et le froid. La seconde suspendue se brise. Un fracas dans la tête, la dissonance innommable. Le regret s’oublie dans la profondeur des iris, je fais un pas, un autre, détache une oeillade pour qu’elle me suive, à la différence de mes instincts de fuite, où la colère guidait mes déambulations, après que nous ayons interrogé la gamine aux airs de poupée. Le couloir nous emmène jusqu’à une porte de service que je pousse sans ménagement. J’accueille l’air nocturne avec délectation, je me délasse la nuque en cherchant l’opacité du ciel. Les étoiles me manquent ce soir, et la cime des arbres. J’attends qu’elle me rejoigne, je m’allume une cigarette, profitant du silence. Et de sa présence au-dedans, qui s’attarde avec persistance. Demain, il sera toujours temps de l’effacer. Un trait confus sur le papier. Qu’il suffit de gommer. Ou de jeter aux flammes. Je la laisse se répandre, acide sur la peau. J’inspire, un grand coup, avale la nicotine, lui tends ensuite la clope. La mienne, pour que son comportement chapardeur se prolonge, comme la première fois. J’ajoute en m’adossant au mur de béton. Les aspérités griffent mon dos, glissent des accents de vie dans un corps qui aspire à la mort :
_ J’ai lu votre dossier. Après notre rencontre… Je suis allé aux archives pour l’enquête et j’ai lu votre dossier. Des lignes sur du papier. C’était vide ça aussi. Alors oui, je vous ai suivie dans le noir. Et je regrette pas. Non… Je regrette pas. L’imaginaire, vous savez, il y a plus de vérité dedans que ce que l’on clame, ou ce que l’on écrit.
Je la regarde, esquisse un geste, comme pour dessiner sa silhouette. La guerre est en suspens :
_ Je suis pas mort. Et vous vivez encore.
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyMer 19 Juin - 14:18

suaire de la nuit
iskandar & sybil


« Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir. » Baudelaire.

S’arrêter là, à la lisière d’un entre-deux monde. Un ensemble de matière absconse, tourbillonnant jusqu’à esquisser les contours incertains d’une réalité confuse. Ses instincts se sclérosent, répandent le fiel sur le carrelage aveuglant des quatre murs sales. Des graffitis partout, tout autour. Des messages d’un autre temps, d’un autre âge. Des injures pour cette humanité qui échoie dans le noir et croit pouvoir s’en relever indemne. Ses serres impitoyables s’enfoncent dans la chair, griffent les retenues qui feulent à l’intérieur, claquemurées derrière la prison thoracique. Ses incitations se heurtent aux limites indistinctes qu’il lui impose, géant de pierre aux pieds d’argile. Si fragile, colosse toutefois. Douce ambivalence, arrimée à la courbe balbutiante de ses paupières trop lourdes. Elle sait réussir à ébranler les résolutions, remettre en cause l’inaltérable. Mais il ne chavire pas. Le tressaillement meurt, rendu infirme, desséché avant d’avoir su se nourrir. Il boitille, bégaye. Ses coudes s’éraflent sur le macadam humide. Elle le tient, elle le tient si fort. Entre ses doigts serrés, si déliés toutefois. Frêle caresse que la tension rend prégnante. Prisonnier de ses attentions, victime de sa névrose. C’est ce qu’il aurait dû être. C’est ce qu’il est. Tous les gestes qui sauraient l’annihiler, amorcer sa deshumanisation, tous demeurent dans ce suspens qu’elle apprivoise. Entre-deux monde. Un pied dans l’un, la pointe dans l’autre. Tiraillée par des envies contraires, toutes assassines. Elle devrait se taire mais elle ne le fait pas. Elle devrait reculer mais elle s’avance, se modèle, se heurte à ce qu’il en coûte de se déconstruire contre quelqu’un d’autre même si cela ne dure qu’un instant. Elle se croit inatteignable, elle se croit invincible. Orgueilleuse créature qui parfois ne semble n’avoir rien appris de sa décadence monstrueuse. Aucune leçon tirée. Ou trop au contraire pour n’en retenir ne serait-ce qu’une seule. L’avidité est sans fard alors. Elle traque la fêlure des traits de son visage, elle recueille au fond de sa conscience chaque trouble qui le parcoure, chaque frémissement. Elle aimerait savoir les éprouver à son tour. Mais la sensation est lente, laborieuse. Les fers aux pieds, elle se traine avec cette impression d’être distancée. A force d’user la brutalité jusqu’à la corde, elle a oublié ce que délicatesse pouvait signifier. Ses mains se raidissent à l’orée des siennes, prises au dépourvu, le trouble né sur l’arabesque tortueuse de leurs silhouettes en quinconce.

Les frontières se morcèlent après cela. Ce qui est. Ce qui ne devrait pas. Elle se planque derrière une froideur ostentatoire, crache le venin pour oublier celui qui serpente avec lenteur à l’intérieur de ses membres. Elle sent son cœur qui bat. Chaque pulsation remonte jusqu’à ses tempes, à l’étourdir. Son cœur. Le sien. Le leur. Mécanisme rouillé que le temps n’a pas entière érodé. Que les larmes, le sang et les cris n’ont pas su interrompre. Un léger tremblement naît au creux de sa paume glacée, trahit en silence l’émotion qui se statufie, arrachée par hasard, par erreur. Elle pourrait broyer ce qui demeure de distance, s’improviser entreprenante, comme elle est capable de le faire. Il suffirait de se hisser sur les pointes, de mordre sa peau, de malmener sa bouche, d’imposer la danse. Il suffirait de tirer sur le fil et de le regarder se rompre. Cela serait simple, si simple. Mais elle ne fait rien, incapable d’agir. Figée dans sa chair qui crève à l’intérieur, et n’en peut plus de mourir. Incapable d’étrangler ce frémissement qui altère son souffle une fraction de seconde et le rend plus lourd, si lourd. Flamme irrésolue de vie qui refuse de disparaître en volute blanche. Il suffirait d’un geste, d’une posture. Assoir une violence apprise jusque dans les recoins les plus torves du corps, le goût de cendres sur la bouche, la brûlure glacée entre les reins qui dansent. Volupté morbide, arrachée en cadence. Mais Sybil reste-là, rencognée dans son mutisme morgue. Du bout des doigts elle découvre une blessure nouvelle. Le sang s’en écoule, fluide, tiède. Un filet délicat venu maquiller de pourpre la toile noire. Sa détestation prend une autre tournure, elle s’habille des notes de son parfum, s’incline sous les calmes suaves de son timbre. Elle le hait de n’avoir pas su agir comme les autres. D’avoir refusé de céder dès le prologue. Quelque chose de simple, d’artificiel. Quelque chose qui n’aurait pas su l’élever au rang d’homme quand elle s’efforce souvent de fracasser leur piédestal. Elle ne dit rien mais sa posture se morcèle. L’ancrage est plus incertain, plus fragile. Ses phrases prennent tout leur sens dans l’écrin dans lequel elle les enferme. Mais elle ne peut admettre ou bien consentir. Elle ne peut poursuivre cet échange qu’elle n’est pas sûre de savoir contrôler entièrement. Elle le libère alors. Ou alors la libère-t-elle. A la fin elle ne sait plus, ou s’arrête l’emprise de l’un par rapport à celle de l’autre. Elle demeure dans une distance nécessaire, attend le rebours pour savoir suivre ses pas à l’extérieur.

Dehors, l’air du soir est frais. Il l’enveloppe de ses attentions, l’oppresse avant de la libérer. Elle fait quelques pas sans suivre une direction particulière, sa silhouette alanguie, lovée à cette obscurité qui les accueille et dans laquelle elle aimerait savoir se confondre. Robe noire, constellée d’étoiles. Robe de nuit, constellée de noir. Elle lui revient dans le contretemps d’une émotion aphone, qu’elle peine encore à apprivoiser entièrement. Les mots se taisent au fond de sa gorge. Elle le laisse peupler de ses phrases les silences qui l’habitent. Elle récupère la cigarette entre deux doigts, hésite un peu avant de la porter à ses lèvres. Finalement elle inspire la nicotine, s’abreuve au filtre en regardant s’évanouir une volute dans l’air qui bruisse. Détachée et songeuse, elle caresse la ligne de sa lèvre inférieure avec le bout de son annulaire, lui rend ensuite la clope à moitié consumée.
« Et comment votre imaginaire a-t-il rempli les lignes manquantes ? »
Elle n’est pas surprise. C’est dans leur nature, de traquer les détails, de répertorier les indices. Elle l’a fait aussi. Taper son nom dans les registres incomplets. Iskandar Cohle, au dossier aussi nébuleux que placide. Elle soupçonne Hank d’y être pour quelque chose. Ce n’est peut-être pas plus mal. Les zones d’ombre, c’est ce qui entérine les légendes. C’est ce qui permet à l’ombre de s’épanouir. Elle se déplace un peu, quelques pas, jusqu’à rejoindre et partager le même mur que lui. Une main à plat sur la pierre brute, suintante. Ses doigts accaparent à nouveau sa clope. Elle observe la cendre qui se consume avant de la porter de nouveau à ses lèvres.
« Le fait que je vive encore … C’est la seule erreur qu’il ait commise. »
La confidence se perd, s’essouffle, se noie. L’air se resserre au fond de sa gorge. Tout lui semble plus lourd. Un poids qui se réveille, un poids qu’il faut porter, tirer, faire rouler encore et encore en le regardant retomber infiniment.
« Il n’a fait preuve de négligence qu’une seule fois. Au tout début. Cela devait faire … Quatre jours. Je l’ai blessé à la paume, avec un morceau de métal. Dans la courbure du pouce et de l’index. Il ne s’y attendait pas je crois. Il n’y a plus eu de failles où se glisser après cela … Il ne commet pas la même erreur deux fois. »
Le mégot retombe sur le bitume. Elle l’écrase avec sa pointe, fait quelques pas en avant.
« Il y a des lignes que les imaginaires ne conçoivent pas … Il leur faut quelqu’un pour les remplir. »

(c) DΛNDELION
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyLun 1 Juil - 18:32

SUAIRE DE LA NUIT × ft. SYBIL & ISKANDAR

Dehors il fait froid, et la nuit se morcèle en d’indistinctes passions éventrées. Sur le macadam glacé. J’ai l’impression de ses doigts qui s’attardent, je les sens sur l’épiderme moite, je les sens dans ma chair. Ils continuent de fouiller les souvenirs, de fouailler les pensées. Egorgées, dans le précipice qui depuis longtemps s’est refermé. Je n’ai pas su tomber. Je n’ai pas su tomber. Et les plongeons rentrés laissent parfois d’étranges courbatures…* Les muscles raides et le coeur sans repos, qui frappe, qui frappe, qui aimerait que la chair se rebelle plutôt que de poursuivre son entreprise aux atours de prison. Enfermement involontaire pour résolution inébranlable. Dehors il fait froid, et la brûlure de ses doigts s’attarde pour caresser les maux qu’abandonne l’orgueil froissé. À mes pieds. Je jette un coup d’oeil, pousse du bout de la chaussure un premier mégot qui ne m’appartient pas. Je laisse l’impression me captiver, la proximité s’affranchir de précautions devenues toutes obsolètes depuis que le couloir et ses humeurs glauques nous a vrillé le crâne. Je porte le filtre à mes lèvres, tandis que mon autre main se referme en un poing, pour mieux laisser se rouvrir les doigts. Douleur résiduelle, de l’avoir ainsi frôlée, ainsi souhaitée. Une lenteur décomposée, dans la nuit qui donne à nos silhouettes un profil éthéré. Nos inexistences côte à côte. Proches. Elles se sont lovées dans une sorte de rêve qui continue de me hanter. L’émotion qu’elle a abandonnée à ma discrétion, langoureuse, ni factice ni usurpée, pourtant maligne, comme ces états dont on ne saurait se débarrasser. Il faut dormir, ou bien crever. Devenir autre pour les fuir, imprimer son corps dans d’autres élans pour en oublier la prégnance des précédents. Le silence est notable au tout départ, parce que cette familiarité fragile ne sait comment réellement s’envoler. Un pas et elle saura se fracasser. Une inexistence de plus. Deux, devenus trois. Cadavre encombrant de ce qui aurait pu être. De ce qui aura été. Conditionnels que l’on amasse comme des résidus, impossibles à dissoudre, bientôt trop nombreux pour même surnager. C’est la noyade plutôt que la chute, pour un envol, une grande respiration qui étouffe les sens. Le sens. De ce silence. Que tu as abandonné sous ma chair, plutôt que le linceul, c’est tes irrésolus qui s’enclavent dans les miens. Drôle d’armure que celle que l’on n’a pas su revêtir. Deux, qui voudraient être uniques. Un seul. Deux visages, deux profils. Une seule direction ? Je cesse de scruter ce vide qui n’a pas su s’ouvrir en nous, je l’observe, la tête appuyée sur le mur dont le revêtement brutal est aussi froid que l’atmosphère. Brûlure pleine d’artifice, je t’ai dit l’impossible. Et tu as su en tenir compte. Un point d’arrêt, à notre liberté fantoche. Tu as marché dans mes pas, et j’ai trouvé les tiens. Liberté, au point d’arrêt de la narration de nos envies brisées.

J’ai l’impression qu’elle accueille ce naufrage qui n’aura pas su être, je l’imagine presque ouvrir les bras pour savoir l’embrasser. Les pans de la robe qui suivent ses courbes, mouvement de l’air, mouvement de l’être. Je cherche son visage, il n’y a plus d’apitoiement, il y a dans mes iris une émotion crue, une émotion su, un jour. Puis oubliée depuis. Les phrases se glissent, s’immiscent comme elle le fit dans l’intimité, dans ma sphère, envahie, morcelée elle aussi par sa simple présence. La nicotine s’échange, nous pourrions presque la respirer ensemble. Les lèvres, sur le filtre blanc, marqué par le rouge. Baiser trompeur. Baiser trompé. Elle a une autre beauté dans l’abandon aphone qui la caractérise. Je glisse de nouveau la clope entre mes lèvres, inspire patiemment tandis que je la songe. Les mots semblent paresseux. Précautionneux. Fragiles tout comme nous.
_ Pour la première fois, je n’ai pas voulu… Je n’ai pas voulu remplir le vide. Ces impressions-là, on les apprend pas seul. On les confie, ou bien on les tait.
Je crois… Oui. Je crois qu’on les tait la plupart du temps. Car les mots ne suffisent pas. Les mots ne suffisent pas. Et les fantasmes morbides non plus.
_ J’ai juste voulu voir ce qui survivait… Car il n’y a que l’après. Il n’y a que ça qui compte. Curiosité de flic. Ou curiosité de mec. Les deux. J’ai juste voulu savoir.
Comment tu t’évadais dans le noir. Comment tu rencontrais l’onde noirâtre pour la vomir ensuite. J’ai voulu te voir danser dans les ténèbres en flammes. Proximité changeante. Réelle cette fois-ci. Les doigts qui se frôlent, autour du filtre. Elle la terminera, la clope. La parenthèse échue de nos deux errances nocturnes. Les mots furètent dans le noir. Je tourne la tête, je ne m’échappe pas. Les mots s’engluent, les secondes s’allongent, le souffle se condense. Une erreur qui ce soir est comme une sorte de destin. Même si je ne crois pas à ces choses-là. Il n’y a que des causes, et d’autres conséquences. Tourbillons noirs pour des émotions qui exposent leurs blessures suintantes. Comme le mur. Je déglutis lentement, et j’attends, j’attends, je ne l’interromps pas. Car je suis venu voir. Je suis venu te voir, et t’apprendre. J’ai voulu goûter ce qui a survécu, sous les blessures, sous l’affront. Sous la folie… Et les incohérences. Car dans son dossier il y en a. Il y a des creux qui détiennent des preuves. Je ne l’interromps pas, ma main sur le mur, se pose à côté de la sienne. Sur le mur aussi. Côte à côte. Nos errances et nos solitudes, qui se désincarnent dans le temps. Bien trop rude, bien trop lent. Temps d’arrêt, reconnaissance, l’esprit se concentre quelque peu, analyse, désincarne plus encore. Une erreur… Une erreur…
_ Ou bien un choix…
Je ne développe pas, le murmure est ténu. Je ne conçois pas encore l'idée. Elle passe et s'oublie aussitôt. J’attrape sa main, comme pour la retenir, comme pour qu’elle ne s’échappe pas. C’est délicat, mon pouce cherche, la courbe, la peau. Je frôle l’endroit, l’endroit où elle a su le marquer. Où il lui a appartenu à son tour. Je demande, toujours aussi bas :
_ Ici ?
Je lui rends sa liberté, l’information se grave dans la chair. À côté de sa caresse avortée.
_ Une seule erreur, c’est déjà une erreur de trop. C’est ce que la survie utilise… ce dont elle abuse dans le noir… La faille que l’on dédaigne, on s’y glisse tôt. Ou tard.
Je scrute le sol de nouveau. Puis le ciel. Je la rejoins. Un pas puis l’autre. Comme dans le couloir. Une danse qui se déroule dans la nuit.
_ Et jusqu’alors… Vous n’avez pas souhaité le faire, n’est-ce pas ?
Jusqu'à moi. C'est ce que je ne dis pas. Car je ne veux pas savoir. Je ne veux pas savoir. Et pourtant… pourtant, je ne souhaite plus la freiner en quoique ce soit.

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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyMer 10 Juil - 16:20

suaire de la nuit
iskandar & sybil


« Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir. » Baudelaire.

La pensée s’épaissit, se tord. Goudron épais. Le marasme l’enserre jusqu’à étouffer les émotions naissantes. Elles rejoignent l’abîme qu’il a cru bon d’éventrer par l’indiscrétion de sa présence. Ce qui aurait pu être s’éteint. Ce qui ne sera pas l’étreint. C’est oppressant tout à coup. Un poids mort, au fond de son ventre que la brûlure du désir caresse encore. Mais le goût remonte, amer sur la langue. Une nausée supplémentaire. Un rejet mesuré qui se grave, quelque part, à l’ombre de ses envies furieuses. Une détestation nouvelle se dessine à l’orée de ses regards, plus maligne, plus pernicieuse. Elle condamne cette lâcheté prudente dont il fit preuve en la maintenant à la marge, en voulant la préserver de lui, d’elle, des deux sans doute. Délicatesse subterfuge, pour endiguer la couardise, pour faire taire les sensations que l’on abjure. Ces sensations qu’elle pourchasse, en filigrane de cette survie qui s’étiole. Son orgueil blessé se délie, galope dans les veines. C’est une septicémie qui étend un empire territorial et anarchique, où la prévenance s’assassine, est égorgée comme les porcs que l’on mène à l’abattoir. Dans le revers de l’accalmie, l’émotion grandit. L’intimité se sclérose, usurpée, inexistante. C’est ce qu’elle a envie de croire. C’est ce qu’elle croit. Elle se persuade du mensonge de sa différence, de la manipulation de son errance. Tout ce qui l’a traversé, tout ce que son contact a insufflé dans son corps, elle le planque dans un imaginaire falsifié par la haine et le désespoir. C’est un écrin que l’on referme, dont on contemple la crémation avec distance. Elle le hait d’avoir été celui pour la repousser dans le noir, et l’ouvrir à la clarté d’un espoir broyé par les cris, le sang, les larmes. Elle le hait d’avoir été le spectateur placide d’errances honteuses, sans toutefois en prendre part. Elle le hait pour sa différence, cette attitude aux antipodes de tous ces autres qu’elle sait comment déposséder, briser l’image. Ces êtres que le monstre reconnaît, dont il se nourrit jusqu’à l’écœurement le plus cru, avant d’en vomir l’essence sur la toile nue. La clarté du fracas dont il vient de les sauver s’imprime au-devant de ses yeux clairs. Et quelque part, sous les battements lourds de son cœur froid, Sybil entend la blessure. Elle pulse avec la frénésie des ailes d’un oisillon perdu, déchu. Tombé du nid avant d’avoir su apprendre à le quitter. De toutes les cicatrices qui cisèlent son corps décharné par la haine, il y en a une nouvelle qui ruissèle. Toute neuve. Vierge encore sur l’épiderme albâtre. Elle saigne Sybil. Elle saigne dans le silence qu’elle rejoint, derrière lequel elle se claquemure. Elle réapprend la morsure d’une souffrance enfouie dans l’aube des temps qui l’a vue naître. Ces jours où elle savait être femme, où le monstre n’existait pas encore. Ces jours où elle laissait parfois les êtres la distinguer dans le noir, et la voir … La voir. La toucher aussi, avec cette candeur qu’elle reconnaissait sous la pulpe de doigts qui tremblent de l’envie qu’ils éprouvent. Des phalanges qui ignorent la peur, l’agonie et le trouble. Des phalanges dont l’avidité n’a pas encore été meurtrie, qui savent magnifier sans condamner à la haine et l’oubli.
« Pour ce vide-là, votre seule volonté n’aurait pas été suffisante. »
Parce que la volonté s’arrête là où celle qu’elle nourrit renaît. C’est le seul pouvoir qu’il lui ait concédé en réalité, sans le vouloir. Le seul. Celui de l’expérience. De ces jours passés dans l’antre qui l’a regardée se déconstruire, pièce après pièce. Elle et personne d’autre, façonnée à l’ombre. Elle regarde le mégot qu’il vient de glisser entre ses doigts. Intimité partagée, intimité consumée. L’ambivalence de sa nature atteint son paroxysme lorsqu’elle le préfigure, à la place de ce mégot. Elle le jette sur le sol, l’écrase d’un geste martial, avec la pointe de son pied. C’est ce qu’il est. C’est ce qu’ils sont. Ce qu’ils auraient pu être. Mégot défoncé sur le macadam qui suinte. C’est ce qu’il a voulu. Volonté en trace noirâtre de cendres sur le sol, que l’humidité du jour s’empressera d’effacer. C’est le choix qu’il a commis. Crime perpétré à l’encontre de ses intentions millimétrées. Elle lui fera payer sa différence, d’une manière ou d’une autre. Peut-être qu’il le sait déjà, que c’est cela qu’il traque depuis le départ. Pire encore, cela qu’il est venu chercher. Trop tard, trop tard.
« Choix ou pas, ça ne lui appartient plus. »
Sybil se referme entièrement sur ce mot qu’il a osé proférer. Un choix … Un choix. Un mot cru, un mot ténu. Un mot qui la hante depuis qu’elle a su ouvrir pour la première fois les paupières. Liberté usurpée, dont la véracité l’obsède, depuis des années. Elle ne supporte pas que l’hypothèse soit émise par quelqu’un d’autre. Elle ne supporte pas qu’il y songe une seule seconde, quand elle se l’est répété jusqu’à vomir. Le doute est là, partout. Il l’a toujours été. Elle n’a pas besoin que l’on plante d’autres lames glacées dans sa chair pour le lui rappeler. Alors elle n’est pas calme lorsqu’il saisit sa main, et que submergée par ses pensées, elle ne le voit pas arriver. Toute la nervosité se condense, fait tendre les muscles sous ses doigts qui caressent et imaginent plus qu’ils ne montrent. Le contact est terrible, insinue dans ses chairs des sensations aux antipodes, entre le rejet viscéral et la brûlure morbide. Elle referme sa main d’un coup sec, même si elle conserve une contenance apparente. Elle se recule, jusqu’à caler son dos contre le mur. Vertèbre après vertèbre. Le froid de la pierre l’apaise un peu.

« Oui, ici. Et souhaiter ne suffit pas. On a beau vouloir quelque chose très fort, il en faut davantage pour l’obtenir. Il faut se donner les moyens … Je ne les avais pas, jusqu’à présent. »
Son regard glisse, à la lisière de cette réalité qu’il incarne, qu’il dessine. Cette réalité tracée en arc-de-cercle à ses côtés, sur la page blanche. La différence … La foutue différence. Elle ose l’amorce d’un geste. Une caresse du bout de l’index sur son avant-bras, venue esquisser la même ligne que la première fois. Un dessin pour honorer le cadavre. Un dessin pour immortaliser ce qui est mort, lui rendre son altérité, ou faire semblant en tout cas … Faire semblant. Elle regarde son propre geste, elle ne le rencontre pas lui. Elle effleure la jointure de son poignet, gracile. Sa voix porte des assurances froides et sentencieuses. Prophétie d’une seule voix … la sienne … la leur.
« Que ce soit dans une semaine, dans six mois, dans dix ans … Je finirai par le trouver. Tôt ou tard … Cela arrivera, et vous le savez. Ce jour-là, vous serez peut-être là, avec moi. Parce que vous avez fait ce choix … Ce soir. Vous ne vous en rendez peut-être pas encore compte, mais il est là … Juste là. Des fers autour de vos poignets. Les fers du choix que vous avez fait. Ce jour-là, si vous vous placez entre lui et moi, si vous usurpez le choix que j’ai fait, ce choix que la survie a gravé à l’intérieur de moi … Je vous briserai avec les mêmes égards que je le briserai lui. Parce que vous n’êtes pas encore mort Iskandar … La mort est une grâce que l’on accorde. Une grâce qui se mérite. Si vous décidez de m’entraver, je vous rappellerai à quel point vous vivez, et combien cela coûte. Je vous le rappellerai … Faites-moi confiance. »
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MessageSujet: Re: (iskandar&sybil) suaire de la nuit.    (iskandar&sybil) suaire de la nuit.  EmptyMar 16 Juil - 17:01

SUAIRE DE LA NUIT × ft. SYBIL & ISKANDAR

La ponctuation est courte. La ponctuation est sèche. Pointe effilée qui se dessine dans le creux de la nuit et l’éventre. La ponctuation disparaît. Comme toute ponctuation, ça n’est qu’un souffle porté. Porté et puis éteint. Porté et puis étouffé. Serré entre les deux mains qui n’auront pas su se rencontrer. Pas tout à fait. Ponctuation décharnée, cadavre supplémentaire que l’ire abuse pour façonner des lames. Dans ses yeux, les soupçons de la femme dénigrée, je me souviens de cette arme-là. Usée et abusée, dans la tête d’une autre. Pour mieux rejeter tous les futurs et les condamner d’un seul coup. Il n’y a pas meilleur subterfuge que l’apathie pour détruire les sensations. Pour dénouer les sentiments. Le fiel s’y insinue avec la timidité d’un seul mot. Un mot qui fait mal. Un mot prompt à tuer. Assassin avant de mourir de lui-même. Ponctuation soeur d’un état dispersé. Ravages que l’on entend tel un grondement, nu dans l’éther, qui le fait frissonner. Elle se transfigure sur l’onde du rejet, il y a la paix entre parenthèses et la guerre au-dehors. Les sons atténués désormais la harcèlent. Et l’intime… L’intime y crève, sans un sursaut de ma part. Je le regarde saigner, saigner sur son visage, saigner sur sa peau, saigner dans sa posture défensive. Offensive une seconde après. Saigner, se vider, disparaître. Les cendres dispersées sur les lèvres. Amertume de ce que j’ai refusé. Amour amer. Sur les lèvres rouges. Qui saignent. Qui saignent. Mes paupières se ferment comme pour chasser l’image d’une émotion parasite. Ces humeurs empoisonnées que l’on expurge par crainte. Qui nous répugnent parce que nous ne les connaissons pas. Nous ne les connaissons plus. Elles ne nous appartiennent pas. Deuil aux couleurs crépusculaires. Je sais qu’elle me le fera payer. Dans la moiteur de la nuit, je le pressens sans m’en prémunir véritablement. Ce que je n’anticipe guère, c’est que le paiement est immédiat. Le retour de flammes impatient. Son silence est trop lourd. Son souffle abîmé dans la contemplation de cette infamie qui la tance. La phrase tombe, tel un couperet. Les doigts qui s’apprivoisaient, se recroquevillent dans le noir, et griffent la surface irrégulière du mur. Sous la pâleur de mon mépris, la douleur creuse un autre irrésolu. La ponctuation s’est fracassée. Dans le vide de nos ténèbres mêlées qui se séparent en se déchirant. Je ne cause pas, je reste à l’écart. Je reste à l’écart. C’est ce que je sais faire de mieux. La virulence de son mouvement, puis son visage dur, parce que les pensées équivoques cherchent à la carcanter. C’est trop tôt. Ou bien déjà trop tard. Le contre-temps me laisse silencieux, je ne connais plus le morceau. La musique s’est oubliée il y a trop longtemps. Je regagne mes hauteurs, la scrute dans la nuit duelle, pour mieux m’en séparer. Et j’entends, j’entends. Ca ne lui appartient plus. Ca ne vous appartient pas non plus. J’entends. Grondement pour une mise en garde qui signe le préambule. La faute, la faute, originelle. Elle devient partagée. Et dans mes hauteurs, je m’enfonce. Hauteurs asymétriques pour mieux me fracasser. Car les couteaux tirés appellent les convoitises de la peau qui crève de s’égratigner. Pour s’ouvrir et saigner. Tout comme l’intimité manquée.
_ Ca ne vous appartient pas non plus.
Et cela vous obsède, n’est-ce pas ? Cruauté triviale, cruauté presque bestiale dans le calme affirmé. Sous la peau, sous la peau, peut-être le même mépris qu’elle. Elle pour moi, moi pour elle. Nous payons nos infirmités. Au centuple. Je la retiens, presque à dessein, instinct malingre qui trace la jonction déjà brisée. Broyée. Broyée. Par l’indifférence. Tout mon corps y répond, répulsion qu’elle transmet, qui s’insinue dans les chairs. Merci, merci. C’est tout ce que je cherchais, tout ce que je souhaitais. L’inacceptable. Improbable accalmie que nous jetons en flammes dans une orchestration sourde. Rejet, qui cingle. Je la lâche aussitôt, sans chercher à excuser ces instincts désireux de me départir d’elle. Rejet duel, rejet répété. Par moi. Par toi. Aucune échappatoire. Sensuelle. Ou spirituelle. Il n’y a aucune échappatoire à ce monde torturé, Sybil. Je poursuis mes observations, j’insinue mes convoitises froides, qui se resserrent sur elle quand elle ose me toucher. Et je ne peux que ressentir ce rejet qu’elle imprime ainsi, sur la manche de la chemise. Aucun frisson ne vient secouer l’onde glacée. Mais mes iris… Mes iris la tancent. Et les discours se déroulent sur la ligne de son geste. Ligne fracturée. Je murmure. Je susurre. L’onde glisse, l’onde poursuit, elle ne se fracasse pas. Elle oscille, sous son doigt. Les yeux dans les siens, et bientôt la paume de ma main sur la sienne, avec la lenteur de ceux qui imposent ces contacts qui ne nous appartiennent pas. Le rejet ouvre ses strates indicibles. Indéchiffrables pâleurs empilées. Pour une prophétie dont les acteurs se retrouvent, côte à côte, prisonniers. Mais pas encore ensemble. Pas encore.
_ Vous demandez une allégeance aveugle alors que vous ne l'avez pas encore gagnée.
Murmure. Sur l’onde. Sur l’onde. Vers l’horizon enflammé. Les flammes à la jointure du poignet. Je maintiens son geste vu qu’elle a cru bon le porter. Et je prends toutes ses assurances factices en otage. Pâleur d’une émotion. Malgré elle, surtout malgré moi.
_ Et pourtant… Pourtant, vous êtes tellement persuadée de ne pas la mériter que vous vous en défendez avec acharnement.
Combat vital, rejet bestial. Une bête acculée. Qui renâcle, qui refuse, qui ne veut pas crever. Mais qui ne souhaite pas vivre non plus dans l’innocence d’une rencontre, qui souhaite absolument tout maîtriser. Absolument tout mépriser. Mais nous sommes deux au combat. Deux à décider. Deux à déjouer le sort.
_ Alors laissez-moi choisir la mort qui me conviendra. Et apprenez à vous souvenir… vous souvenir que vous aussi, vous avez le droit à quelqu'un qui vous seconde dans le noir.
L’onde se soulève, dans les iris, dans le coeur. Firmament prophétique pour un dégoût ravalé. Onde sourde, pour voix apaisée. C’est un constat. Pire, c’est un futur gravé.
_ Dans le noir… et qui sera là quand il le faudra. Lorsque vous le saurez…
Un geste évanescent pour tracer le voile qu’il faudra consumer. Ma paume s’élève et lui rend sa liberté brutale. Onde contrariée.
_ Les fers sont partagés, Sybil. Ou ils n’existent pas.
J’ajoute en penchant la tête pour mieux la regarder. Patience, avec l’attention qui rétablit les ponctuations idolâtres une seule seconde de plus. Je murmure la blessure. Je murmure les écueils et ce pourquoi j’attends encore. J’attends encore. A la marge. Pour te regarder évoluer. Tu n’es pas prête. Tu n’es pas prête. Je ne le suis pas non plus. Et tu le sais. Tu me fais payer l’illusion d’une seconde pour mettre en péril l’aveuglement de ces éternités que tu aimerais me faire jurer. Mais je demeure parjure :
_ Je connais le prix. Oh si vous saviez. Je connais le prix de ces fers que l’on brise, quitte à abandonner ce qui reste de soi. Et croyez bien, à votre tour, que je serai prêt à le payer lorsqu’il le faudra.
Je m’écarte à présent, le mur devient un vestige, les regards empreints de prophétie deviennent sombres et opaques. Je repousse le mégot vers elle, du bout du pied, celui qu’elle a écrasé avec acharnement. L’envoie rouler avec le premier. Vestiges de ces entités qui se perdent dans le noir. Et je lui souris dans l’ombre, dans ce silence ressuscité. Sourire, soupir. Je lui souris comme si je venais de la condamner à son tour. Un pas en arrière, et tous les mots projetés.
_ Soyez à l’heure demain. Pour le débriefing.
Moquerie. Je suis toujours passablement en retard. Moquerie. Ponctuation. Avant qu’elle ne se fracasse à son tour. Dans le noir où je l’abandonne. A ses pensées. Et aux miennes.
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